Arrêtez de nous podcaster les pieds

par Xavier de Mazenod • 30 septembre 2005

Bon d’accord, le podcasting c’est neuf et c’est rigolo. Mais une fois l’engouement du début passé, quel sera le véritable apport de cette technologie pour les utilisateurs ?

En théorie, l’écriture Web est multimédia. Le son ou la vidéo sont donc sensés enrichir le texte pour lui apporter du mouvement, de la dynamique et de la vie. En pratique, c’est beaucoup moins évident. Je n’ai pas trouvé beaucoup de valeur ajoutée à la vidéo en ligne, à l’audioblog ou aux poscasts que j’ai vu ou écouté jusqu’ici. Rien qui dépasse les expérimentations.

L’usage stricto sensu du podcast dans un lecteur MP3 après téléchargement via un fil RSS spécialisé (comme décrit dans ce reportage-fiction) est pour quelques temps encore réservé à quelques geeks, même si l’Ipod fait un tabac commercial. Et l’usage qu’on en voit ressemble plus à celui de la radio (en moins pratique) plutôt qu’à un complément multimédia de texte.

Ecouter un podcast, un audioblog ou regarder de la vidéo en ligne est encore fastidieux (surtout pour ceux qui disposent d’une mauvaise bande passante), pas vraiment HiFi et c’est une action linéaire. On est obligé de l’écouter – ou de le regarder – en entier. Pas de chapeau et pas de balayage du contenu possible ce qui est un gros désavantage par rapport au texte sur le Web. Visitez la base d’interviews de Franck – pourtant riche et vivante – ou les billets audio chez Point blog et vous comprendrez ce que je veux dire. Les innovations de Stéphane chez Viabloga et celles de Typepad qui ouvrent les blogs au son ne règlent pas ce problème d’usage. C’est juste un début.

J’ai déjà exprimé ces doutes dans ma dernière newsletter et depuis j’ai lu ce billet virulent de Joël. Nous en avons parlé hier et je reste aussi dubitatif que lui. Et je pense que Sébastien, qui a marqué des réserves sur le sujet, sera du même avis.

L’écriture multimédia qui marrie utilement le texte avec le son ou avec la vidéo n’est pas mûre. Plutôt qu’écouter des talibans du podcasting m’expliquer que le texte est mort sur le Web, j’aimerai bien trouver des pistes de réflexion qui permettent d’enrichir efficacement l’écriture sur le Web avec du multimédia. Avis aux amateurs pour des échanges sur le sujet.

Ajout : pour approfondir le sujet voir France podcast (chez Viabloga bien-sûr) et les billets de Julien chez Loïc (dans la rubrique podcasting).

Commentaires

Je suis bien du même avis sur le podcast. Moins virulent que Joël, mais je me méfie de moi-même : j’ai toujours tendance à considérer que le texte est au dessus de tout pour faire passer une idée, comme pour être rapidement balayée (du regard, puis, au besoin, du revers de la main…)

Beaucoup de podcasts sont des soliloques peu intéressants. Quelques-uns sont plus travaillés et ressemblent déjà à des émissions de radios. Mais il nous manque encore le Daniel Mermet du podcast. :)

En fait, ce qui pourrait être bien, c’est que l’audio enrichisse les billets, par des sons, des fonds sonores, des preuves (tiens, machin a dit ça, écoutez-le)… Ca demande surtout beaucoup de montage, un peu comme la vidéo.

Des décalages, un peu comme cette vidéo de Bernard Strainchamps, l’animateur de Mauvais genres, le site du polar qui a récemment fermé.
http://www.ruedesboulets.com

On ne peut pas dire que le podcast n’est pas mûr. Les portails audios (comme Podemus ou iTunes…) sont plutôt intéressants dans cette façon qu’ils ont de procéder à la viralité multimédia. Ce qu’il manque encore à la forme, c’est de composer de nouvelles écritures qui ne soient pas que audios, que textuelles ou que vidéos, mais qui mêlent les trois.

Maintenant, c’est vrai qu’il y a toujours quelques Ayatollah… Mais ce qu’il y a surtout, comme le disait Pierre Carion avant de fermer, c’est que le blogging costard-cravate est peut-être déjà mort. Quand on voit de plus en plus ce qu’on nous propose sous le terme de blog, comment ne pas s’étonner de ce qu’on nous propose en audio et demain en vidéo.

N’y-a-t-il pas toujours eu aussi pleins de textes qui n’étaient pas intéressants ?

Sébastien, le texte a de beaux jours devant lui car son emploi ne nécessite pas de technologie. On ne peut pas faire plus simple pour traduire une idée, un sentiment et les transmettre. On n’a rien fait de mieux depuis la tradiiton orale ;-)

Il s’agit maintenant de voir si le son et les images animées lui apportent une richesse supplémentaire sur le Web, s’ils resteront des gadgets ou s’ils emprunteront des voies parallèles avec des usages qu’on n’imagine pas encore…

Ne me fait pas dire ce que je n’ai pas écrit Hubert. Je ne parle pas du co,ntenu, je ne dis pas que les podcasts sont inintéressants. Et je ne déclare pas une guerre des anciens contre les modernes ;-)

Je ne nie pas l’utilité des podcasts couplés à un baladeur MP3, sortes de radio à la carte. C’est un autre débat.

Mais cela ne règle pas le problème du mariage son/vidéo/texte relancé avec le phénomène podcast. Et là, tout me semble à inventer.

Si tu y ajoutes la prophétie de la fin du Web-texte, la fumée du phénomène audioblog/podcast finit par m’agacer.

Cela me rappelle le discours sur le e-book qui devait sonner la fin du livre-papier. Il ne l’a pas tué car sa valeur d’usage est moins grande que celle du livre-papier. Il est intéressant pour certains usages mais il n’a pas détroné son ancêtre.

J’avais bien compris. ;)

Le podcast, on s’y prête, on y joue.. tout est marketing, Marketing Viral (je crois que je vais lancer ma prise audio « Marketing Viral »..). Et revoir la grosse artillerie passée chez Le Meur et Francepodcast… Le truc c’est est-il préférable d’aller sur le web ou de récupérer les flux..?
– tiens, il y a un petit logiciel qui fait du blog et qui récupère les flux..!

Sinon, je vais essayer de faire un article sur ça et appeler VanCaneghem.. il va bondir et vous relancer le débat.. ;-)

Hubert, je suis allé voir le site de Bernard Strainchamps. C’est une piste intéressante d’écriture vidéo sur le Web. Un peu comme celle de ce blogueur Grenoblois dont tu avais parlé sur le Romanais.

Pour faire avancer le débat ;-) je me demande s’il ne faudrait pas ajouter un texte plus développé à chacun de ses enregistrements vidéos. Cela pourrait être un pas vers la complémentarité images animées/textes, chacun renforçant l’autre.

Comme Rue des boulets a un souci esthétique évident, il pourrait aussi ajouter des photos en plus du texte et de la vidéo. Mais quel boulot !

En tout cas, pour avoir tenté la semaine dernière avec Loiez Deniel un petit exercice de style (expérimental donc) sur le forum mondial de la e-democratie (comme ils disent), il me semble que la spécificité (de la video en l’espèce) est plus à découvrir dans les possibilités supplémentaires d’échanges qu’elle nous offre.

Les videos sont stockées et diffusées depuis http://www.dailymotion.com qui fait déjà en soi communauté d’échange entre pratiquants et puis, dans la mesure où elles sont copyleftées, elles sont destinées à circuler et à s’insérer dans différents espaces de publication.

Dans notre cas, c’est ici : http://xi-vlog.modele11.com > il y a une petite douzaine de clips courts. L’exercice maintenant consiste à animer les échanges autour de ce qui est proposé. Ce qui n’est pas encore très stable sur http://xi-vlog.com (l’éditeur de vlog pas con ;-) c’est sans doute la fonction TrackBack depuis les commentaires mais ça va venir.

Bref, si valeur ajoutée il y a, sans doute faut-il aller la chercher dans cette nouvelle piste d’échanges et pas forcément dans le renforcement des sentences marketing magistrales de tout poil.

Une autre dimension me semble importante. La prise de parole est un exercice difficile, la prise d’écriture encore plus ; l’exercice video a le double avantage de permettre une autre entrée sans doute moins intimidante pour celui qui tient la caméra comme pour celui qui s’adresse à la caméra.

Pour ma part, j’ai bien l’intention de refaire quelques exercices du même tonneau, au niveau local cette fois sur les deux ans et demi qui restent avant les municipales de 2008 et à l’échelle d’un bourg de 2500 habitants, histoire de stimuler l’expression devant et derrière la caméra de gens qui resteraient autrement durablement silencieux.

A voir sur la durée donc et rendez-vous en 2008 pour un bilan, une mesure significative de la valeur ajoutée de la chose ;-)

Amitié,

En effet, le flux vidéo ou audio, peut-être vu comme un autre mode d’accès au « contenu » textuel – un peu comme le RSS donne un nouveau canal au contenu mail ou web.

Reste le pbe du temps que ça prend, comme tu le dis.

Mais j’imagine tout à fait, une interview audio du responsable nouvelles technos de Romans sur LeRomanais, couplé à un texte qui donnerait ma position par rapport à la sienne, couplé à un reportage vidéo qui montrerait des tranchées, des EPN, des images de sites… Je pense les choses un peu comme toi, en complémentarité, mais comme le souligne Sébastien, je pense que c’est beaucoup lié à notre culture, à notre façon d’utiliser le blog (façon adulte chiant, comme on dit souvent).

Pour autant, il y a fort à parier que la plupart des usages ne seront pas ceux-là, comme on voit aujourd’hui finalement, que la plupart des usages du blogs ne sont pas les mêmes que ceux de la blogeoisie. Est-ce que cela veut dire que nous avons mal parlé de ces outils ? Je ne sais pas…

Par Xavier le 3 octobre 2005 à 12:36

On n’impose pas les usages des outils, ils se dégagent d’eux-mêmes. Si le podcast répond à un besoin, tant mieux, il fera son chemin. On n’a pas à expliquer ni à se lamenter, les utilisateurs feront bien comme ils veulent !

Mais le livre n’est pas encore mort et le texte non plus car les technologies s’ajoutent les unes aux autres et ne se détruisent pas les unes les autres. La télévision n’a pas du tout tué la radio ni la lecture.

Au fur et à mesure que les débits augmenteront, que la vidéo deviendra plus confortable et facile à utiliser on pourrait bien voir se développer des complémentarités comme dans l’exemple idéal que tu décris.

Ce sont les pistes d’évolution qui m’intéressent.

Le podcast est très bien pour qui veut faire de la radio, mais je pense que ce n’est pas un substitut à l’ecriture, qui reste beaucoup plus souple, lisible en diagonale etc…

Egalement : faire du très bon texte demande peu de moyen techniques et financiers (Ils sont même quasi-nuls). Faire de l’audio ou de la video de bonne qualité est bien plus difficile, et necessite un minimum de compétence en traitement du son, de l’image, ainsi que des péripheriques de capture de bonne qualité (Ne pas compter avoir le son de radio france avec un micro à 2 euros…)

Par Xavier le 3 octobre 2005 à 16:33

Olivier, l’usage que tu décris est similaire à l’illustration dont parle Hubert.

Mais je ne suis pas certain qu’on élimine le « syndrôme de la page blanche » avec la vidéo…

Pour réaliser quelques minutes de reportage, les monter (un minimum) et les mettre en ligne il faut quelques compétences que tout le monde n’a pas. Ainsi qu’un peu de matériel et du temps comme le dit Sébastien.

Il y a beaucoup de remarques pertinentes sur ta note mais je ne peux pas laisser passer une expression « talibans du podcasting », on peut discuter du podcasting mais pas avec ce genre de propos qui ne fait pas avancer le débat.

Maintenant passons au fond du débat. D’après ce que je lis sur ta note et sur les commentaires associés je vois des interrogations relatives à la technologie et d’autres relatives à l’apport de l’audio ou de la video.

Le podcasting affaire de geeks ? Je suis d’accord avec cela car hors du monde apple s’abonner à un podcast, l’écouter dans windows media player et éventuellement le transférer sur un lecteur MP3 reste compliqué. On est effectivement loin de la facilité d’usage de la radio.
Mais on ne peut demander à une innovation agée d’à peine un an d’être aussi simple et connue d’une technologie comme la radio qui a presque 100 ans d’age. Dans les années 20 l’écoute de la radio n’était pas aussi simple, les tubes étaient fragiles, les réglages des fréquences aléatoires, les parasites fort nombreux et il a fallu les années 60 pour que la radio atteigne enfin le stade de la mobilité. Ne demandons donc pas au podcasting d’être aussi mature que la radio, il y a toute une chaine allant du contenu à nos oreilles qui doit se mettre en place pour que cette technologie devienne fluide et transparente. A mesure que le RSS va être embarqué dans les systèmes d’exploitation et Windows Vista va dans ce sens, la complexité va progressivement disparaitre et l’on ne parlera d’ailleurs plus de technologie mais enfin d’usage. La question de la bande passante est bien entendue capitale mais là encore le sens de l’histoire va vers du très haut débit pour tous, je comprends que pour quelqu’un qui habite loin d’un centre urbain le fait de ne pas avoir du haut débit soit rageant mais ce n’est qu’une affaire de temps pour que la connexion ne représente pas un obstacle pour la réception des podcasts. Où écoutons nous la radio ? toutes les études montrent que la voiture est un lieu priviligié pour cela, et bien là encore la technologie offrira rapidement des solutions pour écouter des podcasts aussi simplement que France-Info.

Pour ou contre l’audio ? Examinons la question selon les points de vue du consommateur et producteur du média.

Point de vue du consommateur. Le podcasting ne va pas remplacer le texte, comme la radio n’a pas tué le journal, comme la télévision n’a pas tué le cinéma, le podcasting va juste offrir la possiblité de choisir son contenu et le rythme de l’écoute ce que ne permet pas la radio qui m’impose sa contrainte de la grille horaire et son flux qui avance irréversible. La véritable innovation du podcasting est bien là. Quid de la qualité des podcasts. J’entends souvent que les podcasts sont souvent de médiocres qualités, et bien oui je suis d’accord et cela qui m’intéresse, c’est exactement comme sur un blog, j’aime bien le côté « fait maison ». Maintenant la question à 1000 euros , texte ou audio ? La réponse est évidemment les deux, lorsque j’étais étudiant j’avais à ma disposition les supports des cours et malgré cela j’allais tout de même en cours pour faire travailler de concert l’oeil, les oreilles et la main pour favoriser l’apprentissage. D’ailleurs aux Etats-Unis d’Amérique il est devenu extrèmement banal de podcaster les cours de fac, avec un flux RSS c’est génial on peut non seulement récupérer l’audio et les supports de cours mais en plus on peut poser des questions à l’enseignant sur son blog. Encore un argument en faveur du podcast, lorsque je lis le-texte-c’est-mieux c’est à se demander pourquoi la presse écrite connait de telles difficultés par rapport à la radio et à la télévision. Une limite actuelle de l’audio est que contrairement au texte ce type de contenu n’est pas cherchable mais là encore la technologie évolue rapidement comme en témoigne une solution comme http://www.podscope.com.

Point de vue du producteur. Produire un podcast est-il plus difficile que d’écrire un blog ? Pas de réponse simple à cette interrogation. Techniquement c’est vrai mais cela évolue à grande vitesse avec l’apparition de solutions de création de podcast comme podomatic ou odeo qui vont mettre le podcasting à la portée de tous ceux qui ont quelque chose à dire en facilitant le travail de montage. Mais il n’y a pas que la technique à prendre en compte, je suis persuadé que des personnes qui ne sentent pas à l’aise avec l’écriture et que le syndrome de la page blanche vont révéler leurs talents avec des podcasts et vont s’éclater avec cette solution sans être victime du syndrome du « podcast blanc ». En tout état de cause chacun à désormais la possiblité de s’exprimer avec le média de son choix avec lequel il est à l’aise et c’est bien là l’essentiel.

J’aime beaucoup le podcasting et je tente même d’en faire un business sans être un intégriste. Et je suis bien incapable de prédire l’avenir du podcasting qui ne disparaitra pas mais qui évoluera comme nous aurons envie qu’il évolue.

Vive le podcasting.

Merci de ta longue argumentation Stéphane et de l’apport au débat.

Une petite précision : je n’ai pas écris que les podcasteurs étaient des talibans mais qu’il existait des intégristes du podcast pour qui il n’existe point de salut en-dehors de cela.

La technique me paraît quand même être un obstacle (ne serait-ce que pour le temps passé). Bien-sûr qu’on ne peut pas demander à une jeune technologie d’être simple et accessible immédiatement. Mais cela va être difficile de faire aussi simple que du texte ;-)

Je ne lis pas non plus dans le marc de café. Mais je suis curieux et intéressé de voir si l’on arrivera à créer un nouveau style d’écriture marriant plusieurs médias.

Un exemple intelligent du podcasting, l’éducation sexuel aux USA, c’est sérieux et cela participe au combat contre le SIDA.

http://www.prweb.com/releases/2005/9/prweb291625.htm

Par Xavier le 5 octobre 2005 à 9:32

Ton texte n’est plus accessible à cette URL Stéphane. Dommage car cela semble intéressant ;-)

Voilà une occasion de prolonger cette série d’échanges. Justement avec Loiez Deniel on inaugure une p’tite série > http://www.radiocapitale.info/index.php/ArchipelForce11

Premier rendez-vous émouvant, forcément émouvant, en ligne demain soir, c’est une première. Si ça vous chante…

J’ai un aveux à faire…

Je n’aime pas les podcasts, je trouve cela niais et monocorde. J’en écoute même plus maintenant. La prise de son doit être irréprochable. Sinon c’est pire encore.

Par contre le vidéoblogging a un avantage, c’est qu’il est dynamique, il y a des choses à regarder même si la qualité est médiocre. La puissance de l’image est là, on a beau dire. Maintenant, produire de l’image, c’est un peu plus compliqué, ça demande un entrainement mais il faut se lancer et ne pas avoir honte de sa prod !

):> Giga

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  • Jean-Marie LOUCHE: Merci d’utiliser notre présentation ;-)
  • Xavier de Mazenod: Merci Thierry. A bientôt donc, sur twitter ou ailleurs.
  • Xavier de Mazenod: Oui les autres cours sont en ligne… Voir le lien indiqué dans mon billet ci-dessus ;-)
  • JC: Merci de cette information pertinente et bien structurée !