A quelques heures du match Espagne-France de la coupe du monde de foot-ball, il est temps de réviser l’usage du vocabulaire et la pratique de la rhétorique à la Française. Et surtout ces expressions toutes faites qui nous caractérisent et pèsent sur notre compétitivité.
Match perdu ou match gagné, ce sera pareil : “Peu importe de gagner, l’important est de participer!”.
L’actualité anecdotique sportive apportera même cette précision : “L’important, c’est que Zidane ait participé à son dernier match”.
C’est curieux, mais on entend rarement cette phrase prononcée par un adversaire pratiquant une langue étrangère.
Dans mon entourage, je ne connais que trois personnes qui avouent courir les compétitions de ball-trap, de judo ou de golf pour la gagne. Médailles, chèques, gros lots, trophées, leur photo dans le journal, et surtout le sentiment d’être content de soi.
Mais certains disent d’eux que cette attitude n’est pas très “sport”!
Dans le même esprit, tous les samedis après-midi de ce mois de juin, on entends:”Mariage pluvieux, mariage heureux”.
Personne ne pouvant préjuger du bonheur futur d’un mariage, il serait honnête de reconnaître qu’avec un peu de soleil le jour de la cérémonie, ce serait plus joyeux.
Surtout qu’après, si vous êtes “heureux en amour” vous serez forcément “malheureux aux jeux”. Et vice versa.
Et poser le pied droit dans une déjection, ça porte bonheur ? Qui ose dire que ça pue et que c’est vraiment très emmerdant?
Et en politique, on entend : “Peu importe d’avoir eu tort, puisqu’on était de bonne foi”.
En matière sociale : peut importe les emplois perdus, puisque les avantages sont acquis.
Les intellectuels, les artistes, se parent comme d’une gloire, d’avoir été nuls en maths, ou en grammaire, parfois même les deux.
La place d’honneur, c’est sous les feux de la rampe, certes, mais surtout “au fond de la classe à côté du radiateur”.
Et même nos compatriotes encore attachés à une certaine idée de la France qui gagne, se laissent aller à l’exaltation de nos plus glorieuses défaites militaires…
Tout cela, “ce n’est vraiment pas de chance, et c’est qu’à moi que ça arrive”.
Tous ces mots, toutes ces expressions, toutes ces attitudes toutes faites, ne sont en réalité que des “lots de consolation”, à l’usage des perdants.
Mais les utiliser par banalité finit par banaliser la déception de perdre. Et favoriser la culture de la “guigne”.
Si encore c’était pour jouer à “qui perd gagne”, comme certains de nos voisins, européens ou autre!
Ah, non, c’est mal de perdre pour gagner à la fin. C’est du cynisme et du manque de fair-play!
Quelques millions de Français attendent le résultat du match.
Cinq cent mille de leurs enfants attendent les résultats du bac.
Diront-ils d’une même voix: “L’important c’était de participer” ?
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