La Gagne et la Guigne

par Sophie de Mazenod • 26 juin 2006

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A quelques heures du match Espagne-France de la coupe du monde de foot-ball, il est temps de réviser l’usage du vocabulaire et la pratique de la rhétorique à la Française. Et surtout ces expressions toutes faites qui nous caractérisent et pèsent sur notre compétitivité.

Match perdu ou match gagné, ce sera pareil : “Peu importe de gagner, l’important est de participer!”.

L’actualité anecdotique sportive apportera même cette précision : “L’important, c’est que Zidane ait participé à son dernier match”.

C’est curieux, mais on entend rarement cette phrase prononcée par un adversaire pratiquant une langue étrangère.

Dans mon entourage, je ne connais que trois personnes qui avouent courir les compétitions de ball-trap, de judo ou de golf pour la gagne. Médailles, chèques, gros lots, trophées, leur photo dans le journal, et surtout le sentiment d’être content de soi.
Mais certains disent d’eux que cette attitude n’est pas très “sport”!

Dans le même esprit, tous les samedis après-midi de ce mois de juin, on entends:”Mariage pluvieux, mariage heureux”.

Personne ne pouvant préjuger du bonheur futur d’un mariage, il serait honnête de reconnaître qu’avec un peu de soleil le jour de la cérémonie, ce serait plus joyeux.

Surtout qu’après, si vous êtes “heureux en amour” vous serez forcément “malheureux aux jeux”. Et vice versa.

Et poser le pied droit dans une déjection, ça porte bonheur ? Qui ose dire que ça pue et que c’est vraiment très emmerdant?

Et en politique, on entend : “Peu importe d’avoir eu tort, puisqu’on était de bonne foi”.

En matière sociale : peut importe les emplois perdus, puisque les avantages sont acquis.

Les intellectuels, les artistes, se parent comme d’une gloire, d’avoir été nuls en maths, ou en grammaire, parfois même les deux.

La place d’honneur, c’est sous les feux de la rampe, certes, mais surtout “au fond de la classe à côté du radiateur”.

Et même nos compatriotes encore attachés à une certaine idée de la France qui gagne, se laissent aller à l’exaltation de nos plus glorieuses défaites militaires…

Tout cela, “ce n’est vraiment pas de chance, et c’est qu’à moi que ça arrive”.

Tous ces mots, toutes ces expressions, toutes ces attitudes toutes faites, ne sont en réalité que des “lots de consolation”, à l’usage des perdants.

Mais les utiliser par banalité finit par banaliser la déception de perdre. Et favoriser la culture de la “guigne”.

Si encore c’était pour jouer à “qui perd gagne”, comme certains de nos voisins, européens ou autre!

Ah, non, c’est mal de perdre pour gagner à la fin. C’est du cynisme et du manque de fair-play!

Quelques millions de Français attendent le résultat du match.
Cinq cent mille de leurs enfants attendent les résultats du bac.
Diront-ils d’une même voix: “L’important c’était de participer” ?

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Commentaires

Merci pour ce billet… Et ravi de savoir que que vous allez de plus revenir fréquemment…!

Bien vu !

C’est ça la France qui gagne ? C’est la France qui dit que c’est pas grave quand elle perd !

Il faudra dire à Xavier que sur la page du billet (http://www.adverbe.com/2006/06/26/la-gagne-et-la-guigne/) ont ne voie pas l’auteur(e) du billet.

Par Xavier de Mazenod le 26 juin 2006 à 6:40

Tiens, c’est vrai, on ne voit la signature des billets que sur la page d’accueil.

Allez hop, on corrige.

Par Sophie le 26 juin 2006 à 7:00

Jean-Chritophe, Olivier,

merci pour vos commentaires encourageants. Vous êtes mes premiers lecteurs, et j’avais un peu le trac.
C’est toujours plus long de faire court. Il faut que je m’y mette.
A bientôt

et hop c’est réglé ;)

Enchanté Sophie et félicitations pour ce premier billet.

Par Xavier de Mazenod le 26 juin 2006 à 8:24

Merci Nicolas.

Bravooooo, excellent post que je me suis permi de forwarder sur une liste de discussions de profs de français ;o ..

ps : Puisque xavier ne souhaite pas être interviewé par http://blog.motsandco.com , peut-être que sa charmante femme nous fera ce plaisir ??! Au vu de la qualité de ses posts, ce serait avec joie.

Par Xavier le 27 juin 2006 à 10:53

Mais si je veux bien ;-) Je suis juste deborded ;-)

.. Je te charged de trouve du temped libred ;o

“L’important c’est de participer”…Une belle citation, certes, mais je préfère : “Perséverer et Vaincre” !

Pour ma part, j’ajouterai à la liste des expressions guigneuses, à mettre à la poubelle avec son mouchoir par dessus, celle-ci :
Le désespoir du peintre.
Je sais que vous possédez un talent de peintre égal à celui de jongleuse de mots et il est loin d’être désespérant.

Je ne suis que le cinquième commentateur de votre article… Mais j’espère faire mieux la prochaine fois et qui sait, me classer parmi les trois premiers
… et sans anabolisant !

Vous avez gagné… une tringle à rideau !

Trève de plaisanterie à la Renaud. Vous croyez que la FRance serait devenue ce qu’elle est sans un esprit de compétition à la mesure des résultats obtenus au cours de son histoire ?

Mais je sais, c’est de bon goût ces temsp-ci de se laisser aller au dénigrement de ce qui fleure bon la Francie…

Je sais tout cela part d’un bon sentiment… auquel je souscris… même si ma sensibilité ne m’inspire pas forcément le même diagnostique empreint de ce déclinisme décliné par les déclinologues patentés !!
Ne serait-ce pas là soigner le mal par le mal ?

Par Sophie de Mazenod le 19 juillet 2006 à 7:26

Chouette, Igor, de la contradiction!

Enfin, en apparence! Car je crois que nous sommes à peu près d’accord sur tout.

La France, les résultats obtenus, et l’esprit de compétition…

Mon propos est bien de dénigrer.
Pas la “Francie”.

Mais une certaine langue dite de bois, parlée par un grand nombre de parleurs professionnels, généralement munis de micro, et qui n’a plus grand rapport ni avec la langue française, ni avec ceux qui la pratiquent, ni avec leur réalité.

Mon propos est effectivement de décliner… au cas par cas, tous ces mots détournés de leur sens, ces expressions toutes faites.

Je tiens à votre disposition un catalogue de 300 termes “revisités” (c’en est un), dont la fonction n’est pas de communiquer une pensée, mais de manipuler des”émotions”(c’en est un autre).

Car mon propos serais plutôt de soigner les maux par les mots.

La liste des 300 mots on la trouve sur le web ? Tout ce qui vise à débusquer la rouerie émotionnelle m’intéresse.

Par Sophie de Mazenod le 20 juillet 2006 à 10:45

Chouette, Igor, (bis), nous somme passés de la contradiction à la curiosité!
On ne trouve pas la liste des 300 mots sur le Web, mais sur des fiches-bristol classées par ordre alphabétique et planquées dans le tiroir de gauche de mon bureau.
Car jusqu’à votre commentaire de ce matin, je pensais que cette liste n’intéressait que mes proches.
Votre réflexion m’amène à y réflechir.
En attendant, j’en “balance” (je n’évoque pas) de temps en temps sur Adverbe.
Voir mon billet d’hier: lettre C, cmme Canicule.
Vous pouvez aussi vous lancer dans l’exégèse des chansons de Florent Pagny, des cours de Géo de classe de 6e, des cours d’Economie des classes de terminale, ou des œuvres complètes de certains “philosophes” contemporains.

En tout cas, bravo pour votre expression pas toute faite du tout:
“Rouerie émotionnelle”.
J’en suis jalouse. J’aurais voulu l’inventer!

Pierre de Coubertin s’intéressait surtout à l’éducation, la jeunesse et au sport, il voyait la pratique sportive et physique comme un moyen de redressement moral, de redressement de l’esprit. Pour promouvoir l’athlétisme, son idée fut alors de créer une grande compétition internationale qui verrait s’opposer les meilleurs athlètes du monde. Il se battit presque seul quand il fonda le “Comité International Olympique” à 31 ans. Personne ne croyait en lui ni en ses idées. On l’a pris pour un fou de croire qu’il serait possible de réunir tous les peuples du monde entier sur le même terrain, au sens propre et au sens figuré. Et quelle idée aussi de réunir Cinq Anneaux liés sur un drapeau représentant les Cinq continents.

- “L’important c’est de participer” est l’une de ces citations célèbres. Mais il ne faut pas oublier d’autres citations de “l’inventeur” de l’Olympisme, reprise moderne des jeux de l’Antiquité:
- “L’important dans la vie, ce n’est pas le triomphe mais le combat. l’essentiel n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu”. (Extrait de l’ Anthologie).
- “Le succès n’est pas un but mais l’occasion de viser plus haut”.

En bref, Pierre de Coubertin a réussi son pari de relancer l’Olympisme, parce qu’il y a mis tout son talent, toute son énergie, parcequ’il a consacré toute sa vie. Il a du convaincre, surmonter les obstacles pour réussir et faire de l’Olympisme une réalité.

Le problème c’est que l’on ne peut pas tous gagner, “L’important c’est de participer” apparait alors comme la phrase de consolation banale par excellence.

Je comprends pourquoi mon premier commentaire fut antagoniste.

Vous entamez votre (premier) billet en déclarant tout de go : “ces expressions toutes faites qui nous caractérisent et pèsent sur notre compétitivité”.

Saoulé par le climat de dénigrement de la Francie entretenu par les déclinologues, j’ai focalisé sur le second segment de la construction (”nous caractérisent et pèsent sur notre compétitivité”).

Or, l’objectif que vous vous fixez ici [montrer la charge émotionnelle de certains mots prêts à l'emploi ] confère à la première partie “expressions toutes faites”) un statut prioritaire.

Intoxiqué par mon allergie à la déclinologie, j’ai foncé sur le chiffon rouge (malencontreusement) agité dans un coin de l’arène.

C’est ainsi que je suis passé à côté de l’essenciel (c’est jolie l’essenciel) de votre texte.

Ceci étant compris, je surveille désormais de près votre signature dans le lecteur de flux RSS de mon (excellent !) navigateur Opera (pub !)

Igor, comme vous le dites, “malencontreusement”, c’est de ma faute.

Quand il y a un quiproquo, c’est une erreur de communication de l’émetteur.

J’aurais dû ajouter un ADVERBE; du genre “actuellement”, ou “passagèrement” ou “malencontreusement”…

J’ai une passion pour la langue française, je vénère les mots, mais je ne passe pas par l’intégrisme grammatical. Ni par les théories de l’art pour l’art. Pour l’art, c’est une affaire privée.

Tout ce qui compte, c’est d’être libre dans sa faculté de communiquer au plus près de ce que l’on a à dire. Sans se laisser parasiter par un manque de savoir, ni par un excès de pouvoir.

Pour Yuca,

Vous aussi, vous retournez aux sources des mots, des expressions et des phrases. Vous me parlez de Coubertin avec admiration, connaissance et enthousiasme.

J’ai appris des choses en lisant votre commentaire.
Je suis sensible à la solitude de son combat.
Et bien votre contribution décuple mon indignation.

Comme je me fâche quand un mot est dévoyé de son sens, je suis tout aussi indignée lorsqu’un texte est utilisé pour dire le contraire de ce que l’auteur voulait dire.

Un seul remède, et vous le fournissez: retour aux sources.
Ce qui ne veux pas dirre refus de l’évolution.

On comprend bien Coubertin comme vous le citez.
On ne le comporend plus quand il est utilisé pour valoriser le manque d’effort.
En langue française comme en sport.

 

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