Quand la canicule fait pleurer le petit chien
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La canicule, étymologiquement » petit chien « , plus précisément » petite chienne « , désigne une période, et rien qu’une période, de quelques semaines au milieu de l’été.
Durant cette période, l’étoile Sirius, appelée aussi le Chien, se lève et se couche en même temps que le soleil.
Selon les sources et les époques, cette période s’étend du 22 juillet au 22 août, ou du 24 juillet au 26 août.
Donc: ces derniers jours ont été une période de chaleur intense, mais non de canicule.
Et il arrive qu’il fasse froid pendant la canicule.
Cependant, il y a de fortes probabilités qu’il fasse chaud.
Selon un phénomène de capillarité fréquent en linguistique, cette coïncidence du temps qui passe et du temps qu’il fait durant ce temps-là, a fait dériver le sens du mot canicule.
C’est un phénomène d’évolution normal.
Or, depuis le mois d’août 2003, ce mot est pris d’une fièvre étrange qui lui fait pousser des tentacules sémantiques dans toutes les directions.
Jusqu’à devenir une sorte de monstre effroyable et cruel, un dragon crachant le feu, dévorant les vieillards et les jeunes enfants, se nourrissant de l’égoïsme des joyeux vacanciers et de l’insouciance du corps médical. On se souvient même qu’un ministre, doté de dons insoupçonnés, avait été soupçonné d’avoir soufflé le chaud.
Car la canicule ne frappe pas seule.
Le mot est aujourd’hui chargé de vous culpabiliser, vous, nous, qui nous la coulons douce au bord de l’eau, et le congélateur plein de glaçons.
Loin de moi le projet de banaliser les consignes sanitaires, de prôner l’indifférence, l’imprudence ou l’insouciance face à des pics climatiques toujours porteurs de risques.
Mais il est de mon propos de s’attaquer à la surchauffe du mot, propre à nuire à l’appréhension rationnelle du danger réel.
Cave canem.




Commentaires
Waouh !
Voilà qui est digne d’un véritable intérêt. Remettre les pendules à l’heure et redonner aux mots leur vrai sens.
Ainsi, pas de malentendu et plus de tricherie verbale.
C’est génial et j’ai hâte de découvrir votre liste.
Bravo aussi pour le pied de nez fait aux manipulateurs de tout poil, grace à vos articles, les internautes ne seront plus dupés.
J’ai vérifié dans le dictionnaire la justeste de vos propos et il me vient une question que je voudrai vous soumettre (clin d’oeil).
Le larousse précise bien que la « canicule » est lié à Sirius, la petite chienne. Mais, il mentionne aussi la chaleur « elle-même.
Il y aurait-il de l’endoctrinement dans cette noble institution? Le dico chercherait-il à nous faire culpabiliser?
Ces questions ne sont certainement pas profondes car je n’ai pas votre esprit d’analyse, ni même votre savoir.
Mais quand même, je voudrai bien comprendre !
Didier.
Alerte canicule niveau 3 sur 4
L’information de pré-alerte canicule ( niveau 2) est délivrée par le PC santé aux. préfets concernés
Alerte : Signal, généralement sonore, ou appel avertissant d’un danger imminent et engageant à prendre les dispositions nécessaires pour l’éviter. Synon. alarme [ http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?12;s=4194669420;r=1;nat=;sol=1; ]
Voici qui n’est pas de nature à dissiper le climat de morosité alimenté par des émotions de peur complaisament entretenues.
Attention, populations, danger ! Et quand le danger menace, la peur rôde : c’est alors que le gouvernement peut nous faire savoir qu’il veille sur nous…
Désormais, le gouvernement maîtrise, gère, dispose d’un tableau de bord avec moult indicateurs, appuie sur des boutons, déclenche des alertes ciblée, envoie ses hérauts modernes (les médias) annoncer ses consignes maternantes (buvez, brumisez, fermez les pertiennes, ouvrez les fenêtres la nuit, etc).
Le décompte des décès est tenu à l’unité près. Chaque mort comptabilisée est relatée par les médias nationaux et régionaux (la peur est vendeuse, de là à dire qu’elle est racoleuse !) comme autant de rappels que 2003 est bel et bien révolu et conjuré. Le danger est là, mais le gouvernement nous protège, tel un seigneur des temps modernes en son chateau fort… virtuel .
Le plan com surchauffe. Ce n’est pas la moindre des mesures du plan canicule.
Pour Didier,
vous vouliez arriver le premier! Bravo, c’est gagné.
Je me sentais seule pour affronter les « connotations » dont on affuble les mots que j’aime. Aujourd’hui, j’ai moins peur.
Pour répondre à votre question: le Larousse ne ment pas (pas toujours). Pas plus que le Robert ni que le Littré. Dans mon billet, je précise que le glissement sémantique d’une signification à l’autre est naturel et se déroule sur des siècles.
Le grand génie de la langue est la paresse. En linguistique, un mot est une pierre qui roule, et qui s’use, mais aussi qui amasse mousse. Il s’use dans la prononciation et se charge en sens nouveaux.
Le seul inconvénient que ce phénomène aussi naturel que la canicule, c’est qu’il faut sans cesse réexpliquer l’origine du mot, origine qu’il ne perd jamais.
Les mots sont de grands magiciens, il faut respecter toute la lignée de leurs ancêtres. Ils vous le rendent bien en vous armant contre les roués, les racoleurs, et les manipulateurs dont parle Igor.
Car ce qui provoque la rébellion source de mon billet, ce n’est pas le glissement naturel, mais la manipulation qui change tout l’imaginaire inhérent à un mot pour des vues pas très honnêtes et à court terme.
En été, il fait chaud sous nos climats tempérés : ça, c’est du long terme qui crée les longs termes (au sens de mot).
Igor,
Je vois que vous avez flairé le truc.
Les mots sont de grands sorciers. Or tout pouvoir a besoin de l’aide des sorciers.
Donc on essaie d’enrôler les mots dans la politique.
Mais ne vous méprenez pas sur mes préoccupations de linguiste qui dépassent largement l’échéance de la prochaine élection présidentielle.
Tout cela va au-delà: autrefois on tapait sur » le petit à lunettes « .
Aujourd’hui, le petit à lunettes terrorise tout le monde par la magie du verbe.
En redonnant leur sens aux mots, j’essaie de redonner des armes à ceux qu’on assome avec ces mots.
à Sophie,
« Mais ne vous mméprenez pas sur mes préoccupations de linguiste qui dépasse largement l’échéance de la prochaine élection présidentielle. »
Les miennes de préoccupations, que je qualifierais de socio-linguistiques !!) ne sont pas davantage focalisées sur ladite échéance. Qd je désigne le gouvernement, je fais référence au pouvoir.
En l’occurence, que le pouvoir soit de gauche ou de droite n’y change rien. Bien que celui-ci use et abuse de la com !
La com, précisément, joue un rôle considérable dans l’élaboration de la problématique qui nous occupe ici.
« En redonnant leur sens aux mots, j’essaie de redoinner des armers à ceux qu’on assome avec ces mots. »
Ça fait très émancipateur : je suis de votre armée… !!!
Et bien d’accord, Igor, bienvenue dans la Légion!
Un peu d’entraînement aux maniement des armes: attraper au vol les grenades dégoupillées et les renvoyer, réarmées, à l’émetteur.
Et un petit examen de conscience:
n’auriez-vous pas utilisé dans votre commentaire du 20, un mot tiré de mon répertoire des 300 ?
Si oui, lequel?
Un indice: c’est à la lettre P.
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