Internet libère la presse et permet d’échapper au conformisme

par Xavier de Mazenod • 24 septembre 2006

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Depuis dix ans que l’on entend des prédictions sur la manière dont l’Internet va révolutionner la presse, on ne voit pas grand chose changer. Les médias et les journalistes restent prisonniers du papier et de la « télé de papa ».

Or, la crise est profonde et antérieure à l’arrivée de l’Internet et à son modèle économique de gratuité. La manière d’informer des médias ne plait plus et se traduit par une perte d’audience et de crédibilité. « Conformisme », « divorce avec la population », « politiquement correct » sont des critiques généralement destinées au personnel politique mais, de plus en plus souvent, aussi à la presse. On se souvient du dossier de Marianne en 2001 ou de Bévues de presse et des réactions autistes de la corporation.

Dans cette presse-là, écrite ou audio-visuelle, les opinions alternatives ont du mal à cheminer. Elles peuvent exister bien-sûr mais ne peuvent pas bénéficier des caisses de résonnance de la « grande presse ». Le peuple des connecteurs décrit par Thierry Crouzet a compris comment s’informer ailleurs, comment faire circuler l’information. La presse ne répond plus à leurs besoins en matière d’information et ils ont trouvé une parade.

L’accélération des difficultés économiques dans la presse écrite quotidienne (et pas seulement en France), l’arrivée des concurrents « gratuits » dans les grandes villes pourraient précipiter les mutations et faire basculer beaucoup de médias papier dans le tout Internet. On avait noté quelques évolutions timides mais pas de rupture : blogs de médias, utilisation de podcasts, intoduction de liens hypertextes dans certains articles de Libération (!) mais pas de bouleversement du modèle économique ni de remise en cause des pratiques.

Monopole contesté des médias,  » clairechazalisation  » de l’information à la télévision (tout va bien, tout est rose même si c’est noir, dormez !) et pression de la gratuité. Les médias ne semblent pas vouloir changer.

Or, coup sur coup, en une semaine, j’ai noté plusieurs faits convergents qui semblent marquer une évolution.

D’abord, les aventures d’un de mes clients dont l’un des journaux se fait régulièrement persécuter par l’administration pour ses positions en faveur des thérapies naturelles. La Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) vient de lui retirer son agrément. Ce qui a pour conséquence de lui supprimer les avantages fiscaux et postaux réservés à la presse. Autant dire que cette décision implique à court terme l’arrêt de la publication. Censure subtile.Précisons que ce n’est pas la première fois que ce journal bataille avec la CPPAP. Mais, habituellement, la Commission prenait au moins la peine de motiver sa position et estimait par exemple « que certaines informations ou préconisations n’étaient pas fondées sur des études scientifiques » et donc « potentiellement de nature à porter préjudice à la santé publique ». Exit donc l’homéopathie et ces fous dangereux qui en parlent.

Mais cette décision de l’administration, applicable immédiatement, possède une vertu : un électrochoc stratégique qui précipite la mutation du journal vers le tout Internet.

Deuxième nouvelle, Karl Zéro, viré de Canal+, lance une web TV participative, le Web 2 Zéro. Dans le vidéocast inaugural, sur son blog, qui annonce le lancement de sa télé, l’animateur reprend à son compte des arguments souvent entendus à propos de la politique : « Cette télé nous allons la faire tous ensemble. (…) C’est pour cela qu’elle nous ressemblera plus que les médias traditionnels ».

Karl, ancien rouage de la  » médiacratie « , se convertit aux méthodes alternatives pour lutter contre « le politiquement correct » et souhaite « faire souffler un vent de liberté ». On pourra trouver ce projet et sa présentation un peu démago. Mais il traduit une demande.

Troisième fait, la crise de Libération et la publication d’un billet « A nos lecteurs » qui laisse craindre une fin proche. En parlant avec Joël des évolutions du journal (au Press café, on ne l’a pas fait exprès), nous nous demandons pourquoi Libé n’abandonnerait pas le papier comme le suggère Jeff Mignon ? Pas facile les mutations stratégiques dans une entreprise…

Dernier élément, l’appel lancé cette semaine par le Monde pour obtenir des témoignages sur la situation après le coup d’Etat en Thaïlande. Les internautes pourront sourire face à cet hommage du vice à la vertu : le grand Monde obligé d’en passer par les journalistes citoyens pour informer ! Mais c’est un signe. Mais on peut se demander aussi où réside la valeur ajoutée du quotidien dans l’information.

De nouvelles formes de journalisme naissent sous nos yeux comme le prédisait Tom Glocer dans un article célèbre du Financial Times. Non pas parce que nous sommes potentiellement tous des cybermédias armés de téléphones portables. Mais parce que les vrais journalistes devront s’adapter aux nouvelles contraintes et à la pluralité de l’information. Et cela nous apportera un bon bol d’air frais.

Commentaires

Excellent!

Par Xavier de Mazenod le 25 septembre 2006 à 11:11

Merci ;-) Je crois que je te dois la référence de l’article de Glocer il y a quelques mois…

Ca me fait doucemenr rire d’entendre certains patrons de presse affirmer que l’image de marque de leurs titres contribuera grandement à agréger et mettre en scène du contenu. Comme si ces marques étaient les phares que l’on attendait pour s’y rettrouver. J’ai comme des doutes. Mieux vaut faire preuve d’humilité dans ce grand bordel.

Par Xavier de Mazenod le 25 septembre 2006 à 18:33

Oui, tu peux même extrapoler cet état d’estprit à tous les secteurs économiques !

Cette prétention et cette arrogance prouvent juste qu’ils n’ont pas compris ce qui se passe sous leurs yeux.

C’est exactement comme ce rédacteur en chef d’une grande chaîne publique qui, l’an dernier lors d’un colloque, prenait les blogs de haut. L’information n’y serait pas validée ni vérifié.

Quelle horreur. Parce qu’elle est toujours vérifiée dans la « grande presse » ? ;-)

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