La tarte à la crème du journalisme citoyen
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En préparant mon passage à l’émission de Rachid Ahrab sur France 2, J’ai rendez-vous avec vous, consacrée au rôle des médias (dont les blogs…) dans la campagne présidentielle, j’ai échangé avec l’assistante de production à propos du journalisme citoyen.
J’ai finalement annulé ma participation à l’émission (c’est loin Caen, surtout un dimanche) mais ces échanges m’ont permis de pousser la réflexion entamée lors du Prix du blog citoyen.
Sur l’adjectif ou l’épithète » citoyen » d’abord.
En quelques mois, ce mot s’est singulièrement dévalorisé pour devenir un mot fourre-tout, un mot « auberge espagnole ». Le contraire d’un mot précis pour exprimer une idée précise.
Son sens originel d’habitant de la cité a doucement glissé pour devenir un synonyme de « civique ». Trier ses déchets, laisser les piétons traverser dans les clous ou s’engager dans une association humanitaire ne sont plus des comportements civiques mais des attitudes citoyennes.
Une fois ce glissement effectué, citoyen s’est chargé d’un sens de plus en plus flou : engagé, militant, généreux. Un flou où chacun puise ce qu’il veut, ce qu’il croit entendre.
Un flou et un vide qui permettent également d’y mettre ce que l’on veut, de la pub même comme je l’ai vu il y a peu. Un glissement qui remplit parfaitement son rôle « d’empêcher l’expression du réel » dévolu à la langue de bois, dans l’acception soviétique du terme. Et qui favorise l’uniformisation du langage et donc de la pensée.
Par conformisme, par paresse, par routine, par manque de temps, nous utilisons tous des mots vides ou « faibles ». Je l’ai pratiqué aussi, pour le baptême du Prix du blog citoyen par exemple. Avec le recul, ce titre est vague et imprécis. Tellement dévalué qu’on pourrait finalement faire concourir tous les blogs au titre de « citoyen ». Bloguer, n’est-ce pas citoyen par nature ?
Voilà pour citoyen.
Sur l’expression « journalisme citoyen » ensuite.
On pourrait croire qu’un journaliste citoyen est juste un journaliste dont la fibre civique est particulièrement développée. Or, justement parce que l’épithète est floue, le terme recouvre une réalité beaucoup plus vague. Grosso modo, pour faire court il s’agirait d’un journalisme militant et engagé et presque exclusivement en opposition.
Or, il en va du journalisme engagé comme de la chanson engagée. Léo Ferré disait : « Quand je veux envoyer un message, j’utilise la Poste ». Un peu faux-cul parce qu’il n’était pas le dernier à faire dans le genre engagé, mais assez vrai. Et, en général, sauf exceptions, l’engagement nuit au talent.
On est journaliste ou on est militant, il faut choisir. On peut être un journaliste avec des convictions mais le respect de son public implique de ne pas lui imposer ses vues. D’autant moins que les idées préconçues et les fixations idéologiques sont antinomiques avec le journalisme, avec la bonne compréhension des choses.
On attend du journaliste qu’il rapporte des faits, qu’il analyse. Pas qu’il nous bassine avec ses opinions. Au passage, il est amusant de voir que pour nommer un journaliste on utilise le mot anglais de reporter tant l’équivalent français de » rapporteur » est mal connoté.
Le journalisme c’est un peu de technique mais aussi de l’expérience, de la curiosité, une éthique et surtout un métier où l’on apprend, avec le temps, à prendre du recul par rapport aux faits et à respecter un public.
J’entends déjà les cyniques ricaner : j’ai moi aussi rencontré des journalistes militants, des journalistes qui abusent de leur position ou qui mettent les doigts dans la confiture jusqu’au coude. Mais ce n’est pas la loi du genre comme dirait Audiard.
Cette expression de journalisme citoyen a repris du poil de la bête avec les blogs. Sous prétexte que la presse traditionnelle a un peu de mal à saisir la portée du bouleversement engendré par l’Internet, elle serait déjà condamnée par les nouveaux blogueurs citoyens.
Bloguer sur sa ville ou contre les pratiques de sa municipalité, militer pour un parti ou contre un projet ne suffit pas à vous transformer en journaliste. A part certains journalistes qui militent en plus de leur métier sans mélanger les genres (Christophe ou Sébastien par exemple), des amateurs bloguent en utilisant des techniques du journalisme (parfois avec talent). Cela ne les transforme pas pour autant en journalistes.
Il est probable que certains blogueurs locaux attrapent le virus du journalisme et professionnalisent leur activité. Tant mieux. Mais il est alors probable que pour durer ils découvrent les obligations du devoir d’informer.
PS : Dans les commentaires ci-dessous Yuca mentionne cet article du Devoir que j’aurais pu signer : Le « citoyen » à toutes les sauces, un adjectif très tendance.




Commentaires
Citoyen, « habitant de la Cité », comme tu le redis, c’est un sens qui se retrouve en bloguant, au sens de « habitant sa ville » médiatisant l’information qui circule -j’essaye d’être neutre, ni au dessus, ni au dessous-, et si je me déplace pour faire un reportage, je suis un blogueur citoyen qui rend compte de quelque chose. Je m’annonce alors, je donne le nom du blog et j’ajoute « blog citoyen pour les citoyens », parce que je ne peux absoluement pas avoir cette autorité de journaliste professionnel, cette situation reconnue aussi. Alors, par rapport à ce que tu dis de ‘flou’ sur le terme citoyen, je pense que la réalité de blogueur comme professionnel est masqué par ce terme citoyen, dès lors que bloguer deviendra une profession, on perdra de vue le terme citoyen, ce qui ne veut pas dire qu’actuellement, la relation citoyenne ne soit pas effective lorque par exemple les pompiers havrais acceptent de se laisser vidéo-bloguer par moi sur un simple entendu citoyen, je suis untel, je fais ça, .. c’est du blog.
Je ne me fais jamais journaliste, en tout cas, à la limite je suis marqué par l’information depuis toujours, j’essaye de me rappeler de ma philosophie, des techniques que j’ai apprises depuis la blogosphère -position très démocratique de transmissions des savoirs-, je me positionne aussi en acquisition d’outils qui vont accélérer, accréditer la perception de mon blog -mes blogs-, en donner une image professionnelle. L’enjeu est donc pour les blogueurs, les amateurs -tu as raison de le redire ici, et non pas cette situation d’entrepreneur, de journaliste, de politique- de devenir professionnel. Pour les journalistes, je ne connais pas leur problèmatique. Etre journaliste citoyen, pour un journaliste, ce serait sans doute aller plus loin que simplement ‘rapporter’, et peut-être se trouver en contradiction avec son job, voir Christophe Barbier?
Le devoir d’informer, il me semble que je le fais, même s’il y a des manques, et si l’on considère que le blog, c’est aussi le lien hypertexte qui donne sa source, et le commentaire qui donne une synthèse..?
Bon, il y a beaucoup à dire, car aussi, la question du journalisme citoyen, du blog citoyen, est expérimentale, on est dans l’année -présidentielle- où
ces situations vont s’éclairer. C’est la distance qui fait le discernement. Le talent pourra être là, alors..
J’applaudis Xavier ! Voilà des années que je rêve que l’on se limite à l’emploi du mot « citoyen » comme un nom commun et que l’on cesse de s’en servir comme d’un adjectif. Cela devient un question de salubrité publique.
N’est-ce pas un faux débat, puisqu’à ma connaissance aucun blogueur ne revendique le titre de « journaliste » ?
L’expression « journalisme citoyen » est un raccourci utilisé par des… journalistes pour qualifier ces gens bizarres qui partagent des idées sur le net pour le plaisir de débattre ou dans un but militant.
L’analogie vient du fait que nous produisons de l’information, nous utilisons pour cela (parfois) des techniques journalistiques, nous sommes des « publicistes », dans le sens ou nous sommes éditeurs d’idées et rapporteurs de faits.
Et puis il faut bien nous mettre dans une case !
D’ailleurs, la justice elle-même nous a qualifié de « directeur de publication » en considérant que les sites personnels (blogs et autres) étaient soumis aux lois sur la presse de 1881 et 1944, concus pour des groupes de presse et audiovisuels.
C’est Cazeneuve qui a écrit que c’était un peu comme ci nous avions gardé le code de la route du temps des fiacres et des diligences !
Toutefois, dans l’absolu , je ne vois pas en quoi le terme « journaliste » ne pourrait pas un jour s’appliquer aux internautes qui produisent de l’information…
Je m’explique :
Comme internet et le numérique ont révolutionné le monde de la musique, il est aussi en train de révolutionner celui de l’information… A tel point que je me demande si, au lieu du mot « citoyen », ce n’est pas plutôt le terme « journaliste » qui ne veut plus rien dire.
Dans un monde de l’édition dominé par le marketing, quand tous les vrais patrons de presse disparaissent au profit de managers élevés aux méthodes américaines, quand les règles déontologiques s’effacent derrière un seul mot d’ordre : la rentabilité immédiate… peut-on encore considérer les journalistes salariés comme de véritables journalistes ?
Cette profession telle qu’elle a existé n’est-elle pas en train de disparaitre, comme le secteur de la musique d’avant le MP3 est en train de disparaitre ?
C’est si vrai que lorsque nous avons essayé ensemble de trouver une définition à « journaliste » pour nous définir par rapport à cette profession, nous sommes arrivés à la conclusion suivante : « est journaliste celui qui est payé pour faire le journaliste ».
Car en terme de méthode, de déontologie, de production, de qualité éditoriale, etc… beaucoup de blogueurs font déjà aussi bien que la plupart des publications dites professionnelles.
Dans ces conditions, je ne suis pas (encore) journaliste quand j’écris sur monputeaux, puisque cela ne me rapporte tien. Mais le jour où cela arrivera -si cela arrive- je reclamerai peut etre une carte à la commission …. des blogueurs professionnels.
)))
C’est amusant, nous avons en ce moment les mêmes débats ici au Québec.
Pour ma part j’aime bien le terme « témoin citoyen » plutôt que celui de journaliste qui prête à confusion.
Non, Xavier ! Tu as refusé ton 1/4 d’heure de gloire à la Andy Warhol pour ne pas manquer le film du dimanche soir… j’y crois pas
Perso je ne suis pas (encore ?) bloggueur, mais un des trucs que j’apprécie sur les blog de « journalistes citoyens », c’est qu’on SAIT qu’il vaut mieux recouper l’information qu’on peut y trouver car on SAIT qu’il y a peu de chances pour qu’elle soit objective, voir même certifiée (par qui, comment ?), alors qu’un article « journalistisque » est à priori considéré comme fiable, même si quelque fois (souvent ?) ça se révèle faux à postériori…
Quand au journalisme militant, que penses-tu de quelqu’un comme Daniel Mermet (sur FI) ? Perso, son émission n’est pas ma tasse de thé, mais j’apprécie le fait qu’elle existe, ne serait-ce que pour équilibrer un peu la balance…
Cyrille, merci de ton témoignage. C’est une très bonne description de ce qu’un blogueur local peut faire avec peu de moyens et un souci de faire bien.
Christophe, c’est un angle auquel je n’avais pas songé : disparition du journalisme citoyen faute de journalistes
Tu as parfaitement raison : la définition du journaliste (et le critère d’obtention de la carte professionnelle) c’est le professionnalisme. En vit-on ou pas ?
Ce qui m’agace plutôt dans l’oxymore « journalisme citoyen » ce n’est pas le fait que des blogueurs envahissent la blogosphère en prétendant diffuser de l’information. Certains font effectivement aussi bien, voire mieux, que des professionnels chez qui on trouve aussi beaucoup de sclérose.
Non, c’est le sous-entendu de l’adjectif citoyen qui ne passe pas. Même « témoin citoyen » me gêne Philippe. Cela sent toujours l’ordre moral.
Pour trouver une définition plus précise de ces médias réalisés par des citoyens, j’aime bien le terme « média participatif » qu’utilise Benoît : http://benoit-raphael.blogspot.com/2006/10/la-dpche-du-midi-teste-le-journalisme.html
Finalement, j’aurais du écrire deux articles : un sur l’adjectif citoyen (merci Olivier) et un autre sur le journalisme citoyen, deux problèmes différents
Bonjour,
Merci pour cette note éclairante portant sur les « cases » suivantes : citoyen, blogueur, journaliste et militant. Parfois il est vrai qu’il est difficile à s’y retrouver entre toutes ces notions, qui souvent peuvent être mélanger.
le blog reste un outil agréable pour faire part, pour échanger, pour s’informer, et engager des débats et discussions parfois de passionés et parfois très passionées, et de pouvoir trouver un public pour débattre et pouvant souvent même, je l’avoue, informer le blogueur qui pensait tout connaitre sur un thème ou sur une question. Que des blogueurs soient aujourd’hui invités par les médias ou par des formations politiques prouvent qu’aujourd’hui ils ont conquis une sorte de reconnaissance : tout le monde reconnaît que comme des associations, ils peuvent être des lieux de re-sociétalisation (en clair cela rétablit du lien entre des individus, alors que nos société occidentales semblent être très individualistes, ou bien corporatistes et frappées par le désenchantement idéologique et plus grave le désenchantement envers la démocratie et ceux qui les dirigent – cas très perceptible en Europe).
Je rencontre beaucoup de personnes qui soit n’osent pas, soit n’ont pas confiance en eux, soit préfères regarder les autres faire, avant d’éventuellement participer par eux-mêmes : le blog permet donc aussi la prise de parole plus facilement et de revoir parfois leurs angles de vues sur telle ou telle question, ou de trouver une réponse à une question que souvent il ne trouvauit pas meêm sur la toile : bref les blogs apportent une richesse infinie. cela permet aussi de mieux étayer une discussion ou de mieux préparer un devoir ou un argumentaire.. bref c’est un outil précieux.
Cela étant dit, sur la sémantique, je me permet juste de rappeler ici aux spécialistes quelques définitions (que j’ai pris sur wikipédia):
Citoyen = Un citoyen est une personne qui relève de l’autorité et de la protection d’un État et par suite jouit des droits civiques et doit accomplir des devoirs (comme payer les impôts, respecter les lois ou encore être juré de Cour d’assises) envers celui-ci. Juridiquement, le citoyen ne peut exister que dans un Etat (un pays donc) bien définit. (donc dire « je suis un citoyen de Normandie » ou dire « je suis un citoyen du Québec » n’a juridiquement aucun sens, ou plutot il s’agit d’abus de langage, il faut dire « je suis citoyen de France » ou « je suis citoyen du Canada »).
j’ai vous signale à ce propos un article que j’apprécie beaucoup pour sa pertinence écrit sur le journal le Devoir (ça concerne le Québec, mais éclaire aussi sur le mot en France et les sens usuel qu’il prend) : « Citoyen à toutes les sauces » par Antoine Robitaille http://www.ledevoir.com/2005/11/22/95794.html?355
Le journalisme est l’activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des faits pour les porter à l’attention du public à travers les média. Si un blogueur est « professionnel » dans les faits rapportés et en vie professionellement alors automatiquement ce blogueur devient, par définition, un blogueur-journaliste. Mais bien sûr tel média, tel journaliste peut être considérer de tel couleur politique, de la manière dont les faits sont décrits, ou par rapport à quelles actualités, il se focalise… Il y a de fait très peu de médias totalement et complètement indépendant (ou alors c’est souvent au niveau local), en France presque tout les médias sont « engagés » (c’est à dire que par rapport aux sources communiquées Reuters, AP et AFP), les propos affiche clairement ou de manière insidieuse ou subliminale, un parti pris.
Un blogueur est comme le dit le commentaire précédent un témoin : témoin de son temps, du présent ou imaginant/pariant sur le futur… : pour être citoyen il faut qu’il soit citoyen de quelquechose : de son quartier, de son village, de sa ville, de sa région, de son pays (le plus logique au niveau juridique et par définition du terme) ou même « citoyen du monde ».
Il peut être journaliste (surtout du journalisme d’actualité et d’opinion, peu de journalisme d’investigation ou de grand reportage) alors il répond à la définition : ça implique d’être reporter et d’être doté d’une certaine déontologie et surtout normallement (pour être considérer journaliste par sa profession) posséder une « carte de presse ».
Malheureseument même dans le journalisme en France, il y a, comme un peu partout, des brebis galeuses : il faut savoir qu’un journaliste devrait respecter par exemple les principes suivant : « publier toute demande légitime de droit de réponse », « savoir reconnaitre et rectifier ses erreurs », « informer les personnes peu familières avec la presse que leurs propos pourront être diffusés, et donc portés à la connaissance d’un large public », « situer les faits et opinions dans leurs contexte, sans en exagérer ou en diminuer la portée », « traiter l’information, y compris les faits divers, sans rechercher le sensationnalisme » …. or ce n’est pas toujours le cas loin de là (surtout si l’on prend le dernier point).
Salutations.
Thierry, l’émission de Rachid Ahrab passe à l’heure du déjeuner. Cela m’a évité un choix cornélien : regarder la télé ou passer dedans le poste. Mais Caen était trop loin pour mon seul jour de repos de la quinzaine
C’est vrai, l’avantage de l’info sur les blogs c’est la « fraternelle correction » des lecteurs.
Yuca, merci des précisions. Je ne partage pas cette définition restrictive et étatisée du citoyen que tu rapportes.
Et merci surtout pour la référence de l’article du Devoir. Dommage qu’il m’ait échappé, il dit tout ce que je pense !
Je l’ajoute en post-scriptum de mon billet.
Tiens, aujourd’hui, le journaliste citoyen s’est fait entarter par Xavier…
La place prise par les lecteurs dans la diffusion de l’information est entrain de changer radicalement le métier des journalistes professionnels. Eux aussi se posent bien des questions.
Quel est leur rôle, aujourd’hui, où tout un chacun peut faire remonter une information ? Quel doit être leur rôle dans les débats en ligne autour de l’information ? Que reste-t-il de leur métier alors que l’info brute est généralement considérée comme gratuite ?
Nous inventons en ligne de nouvelles façon de partager l’information. C’est le fait de professionnels d’un côté (ceux qui ne sont pas totalement dépassés par les événements), de semi-professionnels, d’amateurs au sens noble du terme… Nous inventons, nous essayons, nous testons, et parfois nous trouvons. C’est un chaos dont il ressortira forcément des lignes de force.
A ces nouvelles façon de partager l’information il faudra trouver de nouveaux noms. « Journalisme citoyen » ne m’a jamais convaincu. C’est une étiquette, mais sans qu’on sache trop ce que le paquet qu’elle recouvre devrait contenir exactement.
Ce qui est sûr, c’est que le rapport à l’information,- sa production, sa consommation, et les rapports que chacun a avec -, change.
On vit, vraiment, une époque formidable. Et je suis heureux d’en être.
Bien d’accord avec toi Sébastien… Quelle époque!
Ton article tombe à point nommé Xavier; je sors à peine d’une fin de semaine intensive où six blogueurs ont couvert un événement politique par leur outil favori(www.carrefourquebec.com ). Les députés et «les politiques» nous ont fait part de leur ouverture à cette nouvelle façon de partager l’information dont nous avons le secret. Je vais méditer ce texte et les commentaires, car la surutilisation du vocable «citoyen» risque de jeter du discrédit sur les visées de l’opération qui ne vise qu’à faire en sorte que chacun se mêle un peu plus de ses affaires!
Merci à vous tous
De la neutralité dans le journalisme ?… Beaucoup d’éditorialistes et une large part de journalistes de part le monde, usent de la première personne pour faire leurs papiers, racontent le monde tels qu’ils le voient, eux, et ça ne fait pas de mauvais papiers, au contraire… Tout dépend de celui qui les lit.
J’ai pour ma part tendance à penser que du moment qu’on s’exprime on est forcément partial, même voir encore plus, quand on essaye de se dire le contraire. Même des exercices anodins montrent des différences d’approches fondementales : http://bailly.blogs.com/pro/2006/10/blancheneige_et.html#more
Je ne pense pas qu’il faille choisir entre journalisme et militant… Cette distinction me semble assez morale finalement. Comme si notre fonction pouvait nous permettre de nous déconnecter de ce que l’on est, pense, analyse. J’ai l’impression qu’il y a là une croyance qui est très fausse… et assez moralisatrice sur le rôle d’une profession (et ce code moral , « déontologique » est valable pour toutes les professions, puisque c’est sensé être un ciment de celles-ci, même s’il n’existe pas vraiment…). La fonction doit-elle faire de nous des êtres froids dévolue à elle tout entier ? Toi même en tant que consultant pourrais-tu te dire parfaitement objectif ? Le « devoir d’informer » ne veut pas dire devoir de ne pas prendre parti… Je me demande même, en essayant de réflechir à des exemples, si ce n’est pas le contraire. Et si finalement, les informations les plus riches de sens n’ont pas, de tout temps, émergé de gens qui y ont pris parti et ont choisi leur camp ?
Le journalisme n’est qu’un ensemble de techniques et de savoir-faire qui permettent à quelqu’un de s’exprimer ou de s’exprimer mieux, de résumer, synthétiser un fait, des informations… Ces techniques sont accessibles à tous. Comme le rappelle très bien Christophe, comme pour toutes les professions, on est journaliste quand on est payé pour le faire, comme on est consultant quand on est payé pour l’être (quoi que… j’en connais pas mal qui…). Reste donc à savoir si un jour nous serons payés pour être citoyen
.
Donc oui c’est une belle tarte à la crême, merci.
Quant à l’adjectif participatif (on a même parler d’open journalism) pour remplacer citoyen… Soit, mais j’ai peur qu’il finisse dans la même déconfiture. Le terme ne me convient pas plus que vous, mais il traduit tout de même quelque chose : ceux qui s’intéressent à la chose publique, à la Cité, sont producteurs d’informations, d’avis qui ont « des » sens.
… d’avis qui, pris collectivement, prennent du sens…
Hubert, la valeur ajoutée du journaliste ne réside pas tellement dans la technique (qu’un amateur peut apprendre facilement) mais plutôt dans le regard affuté sur les événements et dans la manière de rapporter ce qu’il voit avec autant d’objectivité que possible.
Evidemment qu’à partir du moment où l’on s’exprime on est partial (après la tarte à la crème le sujet pour épreuve du bac).
Mais militer c’est autrement plus pesant. Un militant fait, ou à tendance à faire, passer l’intérêt de la cause qu’il défend avant les faits. C’est-à-dire qu’il se sert de sa tribune pour peser sur la vérité (autre angle dialectique pour toi: existe-t-il une vérité ?).
Donc, sous prétexte qu’il n’existe pas d’objectivité, vautrons-nous gaiement dans le militantisme et bourrons le crâne de nos lecteurs. Penser le contraire, espérer mieux, est moralisateur.
Les journalistes militants sont ennuyeux et n’apportent pas grand-chose aux débats. En plein webdeuxpointzéro c’est même un archaïsme dont je suis surpris qu’il ne te saute pas aux yeux
D’autant que je te sais attaché à l’expression collective de l’information…
Puisqu’on ne peux pas « jardiner » le texte des commentaires (Vive le wiki !, mais je ne suis pas objectif), je résume :
- l’adjectif citoyen est de plus en plus suspect
- le journalisme citoyen ne veut rien dire de bon
- le sujet d’origine s’est drôlement élargi
- je suis bien content d’en être aussi Sébastien
Journaliste = métier
Médecin = métier
jardinier = métier
heu….. mais je peux jardiner en amateur comme je suis aussi un excellent chef (c’est mes copines qui me le disent).
Peut-on faire du journalisme en amateur ?
Le blog, c’est le retour à l’écriture. Vu les magnifiques et sympathiques et instructifs billets des bloggueurs, je dirais qu’il y a un certain style….journalistique finalement, ce regard critique et volontaire à la fois, non ?
Pour moi, et pour faire bref, il y a une différence fondamentale entre ce que je fais aujourd’hui sur Le Rouennais, et ce que j’ai fait pendant 12 ans comme journaliste, et cela ne tient pas à la façon de rapporter l’information. C’est animer une communauté, faire en sorte qu’elle s’élargisse, que des échanges et des enrichissements aient lieu au fil des commentaires. Des commentateurs deviennent rédacteurs, d’autres apportent des sujets, d’autres de la nuance. Certains n’apportent pas grand chose. Mais c’est cette émulation là qui fait le vrai l’intérêt du blog d’information.
L’aspect « publication » n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Et c’est bien ce qui change radicalement avec le journalisme traditionnel.
à propos de la « tarte à la crème » du journalisme citoyen, très justement dénoncée par Xavier Mazenod.
Initialement, la citoyenneté est un statut, réservé à qui appartient à une Cité, est membre d’une communauté politique, un sujet de droit à qui cela confère des droits et des devoirs (dont parfois le devoir de mourir à la guerre). Le sens moderne, issu des Lumières, est celui d’une personne civique susceptible d’accomplir certaines fonctions politiques, ayant la nationalité d’un État organisé en République.
Cette notion est classiquement liée à celle de volonté populaire, volonté qui doit se former dans certaines conditions, – lorsque le peuple est libre d’exercer sa parole et son jugement, par exemple – et s’exprimer par certaines médiations comme le vote et la représentation législative. La citoyenneté est inscrite dans un rapport avec la puissance souveraine qui est celle de l’État.
Rien à voir avec le sens post-moderne qui sépare la notion de citoyenneté de celle de nationalité ou de territoire.
Dans le langage contemporain le mot citoyen (entreprise citoyenne, démarche citoyenne…) s’est affadi au point de devenir un synonyme vague de solidaire. Un comportement « citoyen » veut dire un comportement altruiste, qui respecte des droits des autres ou recherche le bien commun, quand cela ne prend pas le sens de « qui respecte la loi », de politiquement correct, voire de gentil et sympa…
Quant au journalisme « citoyen », il consiste à intervenir dans les affaires publiques pour émettre une opinion, faire une critique, soumettre une revendication, ou, tout simplement, présenter un point de vue sur le cours des affaires du monde. Il n’y a là rien qui diffère de l’usage public de la raison tel que le préconise Kant. Où est le problème, alors ? Faut-il vraiment s’indigner d’un usage – certes abusif ou à la mode – du beau mot de citoyen ?
Le problème est celui du rapport entre la politique et la technique.
L’auteur de ces lignes, lui-même citoyen et tenant un site où il exprime son humeur (de préférence, il est vrai, dans des domaines ou ses études universitaires ou se publications papier lui donnent un vague semblant de compétence) n’a absolument rien contre le fait que n’importe qui puisse publier sur la Toile. Chacun de nous peut disposer gratuitement avec quels fils RSS et après quelques recherches sur un moteur, d’une masse de dépêches, éditoriaux, articles étrangers, points de vues des acteurs, renseignements de témoins, opinions de communautés ou d’individus (notamment grâce aux blogs)… Et ce dans des proportions, à une vitesse, avec une richesse de choix et avec une facilité dont n’aurait jamais pu rêver un grand reporter ou un éditorialiste de renom d’il y a vingt ans.
Pendant, le même temps, le journalisme professionnel, celui des gens qui ont une carte et on fait des études pour cela, ressemble de plus en plus à celui que peut pratiquer l’internaute. Moins de temps, moins de budget, moins de recul, moins de déplacements, moins de sources primaires… Un journaliste passe la majorité de son temps à chercher de l’information sur Internet, et sur certaines chaînes d’information continue, une salle de rédaction est simplement occupée par des bureaux avec des écrans, face auxquels des journalistes piochent des images d’agence venues du monde entier et les pré-montent pour en faire de futurs sujets formatés sur un nombre précis de secondes. Le journalisme est devenu affaire de gestion de flux d’informations bien plus que de quête.
Dans ces conditions, il n’y a pas de raison que le travail des professionnels soit automatiquement bien meilleur que celui de certains « citoyens », qui, eux, ne sont pas soumis aux trois grandes contraintes :
- l’argent (les annonceurs, les demandes de l’audimat, la pression de la rentabilité),
-l’urgent (produire vite pour passer avant la concurrence, être plus « réactif »)
- et les gens (les rapports qu’entretiennent nécessairement les journalistes avec les milieux de la politique, de la « com », de l’économie et nombre de ceux que Jean-François Kahn surnomme les « bullocrates »).
Ne pas avoir les moyens de déposer les statuts d’une société de presse, de payer des locaux et des salaires, etc. n’est plus un handicap pour avoir des milliers de lecteurs. Et souvent l’opinion dominante dans les rédactions, le conformisme (inhérent à toute communauté qui tend à vivre en milieu endogène), le politiquement correct, le formatage des esprits, le mimétisme qui amène chacun à s’occuper des mêmes sujets que l’autre, le poids de l’agenda des médias sur le contenu des médias…, tout cela peut amener la caste médiatique à être singulièrement en rupture avec l’opinion et les soucis de l’homme de la rue.
À l’ère de la surabondance, quand tout semble gratuit et disponible sur le Net et que le temps passé face à l’écran concurrence fortement la presse écrite (et même chez certaines catégories d’âge, le temps passé devant la télévision) pourquoi faire une distinction entre « vraie » presse en ligne et simple bloggeur ou site privé ?
Nous objecterons à cela que la célébration sans nuance du journalisme privé comporte au moins deux risques :
- Celui de la démagogie, du « tout vaut tout », du populisme (l’idée que les « vrais gens » ont toujours raison contre les journalistes forcément serviles), la tendance à mettre sur le même plan l’expression d’une croyance ou d’une émotion et la pratique de la recherche de l’information suivant des règles théoriques plus ou moins admises par une communauté des pairs. Certes, il y aurait beaucoup de critiques à faire sur la déontologie du journalisme qui est violée tous les jours, sur le quatrième pouvoir qui est le seul à s’exercer sans contrôle populaire (celui de l’acheteur n’en est guère un), sur le caractère théorique de la séparation canonique entre fait et opinion, sur l’irresponsabilité de ceux qui peuvent se tromper et récidiver en profitant de l’amnésie de l’opinion (et des collègues). Mais, au moins comme référent idéal, ces principes existent. Libéré de toutes ces contraintes, le journaliste « citoyen » est toujours soumis au risque de devenir un Monsieur « Je sais tout » ou Monsieur « de Source-Sûre » prêt à relayer n’importe quelle rumeur (pourvu qu’elle semble contredire la « vérité officielle ») et tranchant de tout. Ou encore de se livrer à l’escalade de l’indignation permanente et de la dénonciation tous azimuts. Et ne parlons pas du risque de la pensée « copier/coller »…
- Second danger, celui du communautarisme. Il est trop facile sur Internet de ne se tourner que vers les sources qui confirment nos préjugés, de faire circuler en boucle les mêmes contenus rhabillés autrement, de n’être en relation qu’avec ceux qui pensent comme nous, d’éviter toute confrontation, de ne débattre qu’avec ceux qui pensent dans les mêmes termes. Se libérer de certaines contraintes économiques (pas de clients, pas de patron, pas d’annonceur..) ou politiques (pas de pression pas de censure…) ne doit pas être un prétexte pour se soumettre à ses biais cognitifs, à la pression de ses pairs, au poids du groupe.
Il n’y a aucun moyen légal ou bureaucratique de se prémunir contre les dangers et nous ne pouvons faire appel qu’à l’auto-discipline. Mais, de grâce, ne l’affaiblissons pas par la célébration sans nuance de la société civile, de la communication, de la technologie libératrice et autres lieux communs qui traînent depuis vingt ans.
Bonjour à tous
Cette discussion est très intéressante. Le terme de « journaliste citoyen » est très souvent employé par …. les journalistes (je confirme)
Sur mon blog, Je rédige mes billets en synthétisant une information existante en apportant mon point de vue. Je rédige et produit un contenu d’information quand je suis sur le terrain : je podcaste des personnalités, je vidéocaste l’évolution des projets locaux, je sonde des passants ou mes lecteurs… etc.
Je ne suis pas journaliste.
Je ne suis pas militant et mon blog n’est pas militant (de plus, il est collaboratif et je ne demande jamais la couleur politique des nouveaux rédacteurs)
GreBlog MonGrenoble doit faire partie des rares « blog local citoyen » en France dont le….
…BlogMaster ? … Blogueur citoyen ?…. Journaliste citoyen amateur…? Blogueur local citoyen ?…. Témoin citoyen…. ?… Blog Reporter ? … Publisciste ? … …
- est reçu par les instances de la Mairie,
- est sollicité et reçu par les partis d’opposition,
- est sollicité par des représentants d’association
- est sollicité par les journalistes car intrigué par le phénomène
- à recevoir des communiqué de presse de la majorité et de l’opposition
- à voir mon email de blogueur intégré dans la liste des mails des journalistes locaux à qui la Mairie et l’opposition envoient des communiqués de presse, des invitations etc…
Hier soir encore, j’ai fais un petit tour au Conseil Municipal de Grenoble : à la pause, j’ai pu discuter avec toutes les tendances politiques et certains élus. (j’en ai profité pour demander une connexion wifi pour « GreBloguer » en live le conseil municipal avec mon portable sur les genoux…
Qui suis-je ?
Eh bien…. à vrai dire,.. j’en sais rien
Christophe, je pensais à Greblog en écrivant cet article.
Tu as su, avec tes co-rédacteurs, tenir une ligne éditoriale à mon avis exemplaire pour des blogs locaux : information locale variée et complète, politique sans militantisme et avec une parole équitablement attribuée.
Le tout avec beaucoup de professionnalisme de la part d’amateurs : qualité et honnêteté
C’est le contraire de ce que l’on entend généralement par du « journalisme citoyen ». Vous avez des opinions mais elles ne sont pas pesantes pour les lecteurs. C’est une forme de respect.
La difficulté (nous l’avions évoqué à Alençon) sera de garder cette indépendance. Nulle doute qu’il sera tentant de s’engager (et que les sollicitations seront appuyées), surtout au moment des élections législatives ou municipales. Attention, danger.
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