La démocratie participative est-elle une farce ?
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La démocratie participative va-t-elle pouvoir s’exprimer pendant la présidentielle de cette année ? Je retrouve ce billet d’il y a 3 ans et je reste dubitatif.
J’y relis les arguments de Loïc en faveur de la démocratie émergente et du blog pour les politiques. A l’époque, la révolution se limitait à l’ouverture des blogs par quelques politiques.
Nous avons enfin une occasion, avec la campagne présidentielle, de vérifier si les blogs contribuent ou non à la naissance de cette vie démocratique nouvelle.
Ségolène Royal - ses conseillers au moins - a bien compris les attentes de la population française. La démocratie représentative est essoufflée et les représentants déconsidérés.
Elle surfe donc sur le concept, parle de participation et d’intelligence collective, anime des meetings participatifs dont on ne voit pas bien s’ils relèvent d’une phase d’écoute ou d’une subtile démagogie participative.
Dans son camp-même, les élus socialiste Jean-Marie Le Guen et Pierre Moscovici tentent de montrer les limites du système dans ce billet, par ailleurs non exempt de corporatisme.
Créditons la candidate socialiste de bonne foi. Sa démarche ne constitue toujours pas une mise en oeuvre de la démocratie dans laquelle les citoyens participent. Elle relève plutôt d’une représentation qui condescend à écouter un peu plus ses mandants. Ou à faire semblant de les écouter. L’avenir le dira.
Quel jeu jouent les blogs, et plus largement l’Internet, dans l’avènement d’une meilleure participation, d’une meilleure gourvernance politique ?
Je ne le vois pas.
Même si la télé défend bien son pouvoir, on assiste à un déplacement des campagnes sur le Web (comme lors des dernières élections américaines) et à une appropriation des nouveaux outils par les militants. On assiste plutôt à des affrontements claniques, dans lesquels chacun défend son poulain, qu’à de débats d’idées véritables. Youtube et Outlook remplacent le seau de colle et les affiches. En plus, les vidéos volent bas.
A ce jeu, la radicalité et la provocation sont plus payants que les débats de fond. Comme à la télé.
De leur côté, les partis se contentent d’animer plus ou moins bien cette campagne sur le Net. Mais il ne faut pas compter sur eux pour l’effet boîte à idées. Aujourd’hui, les partis sont des écuries présidentielles, sans plus. Les programmes, tout le monde le sait, ne sont que des coquilles creuses que les candidats s’empressent de jeter par dessus leur épaule.
Le PS et le FN ont bien créé des permanences virtuelles dans 2nd Life. Cela sent plus le “truc de com” que l’engagement civique. Comme le précise la Constitution, les partis concourrent (ajout : “à l’expression de”) à la démocratie. Ils ne “sont” pas la démocratie. On s’en doutait un peu.
Certains blogueurs historiques, promoteurs de débats, ont choisi de se ranger sous des bannières de candidats. Loïc s’active chez Sarko et Christophe roule pour Ségo. Ils se rangent parmi ceux qu’Hubert Guillaud appelle des cybersupporters. On est loin des théories d’Howard Rheingold et des “flux de conversation” de David Sifry, le PDG de Technorati.
Dans ce contexte, l’optimisme de Thierry Crouzet dans son Cinquième pouvoir me semble relever de l’utopie. Je partage son analyse sur le pouvoir de l’Internet. Mais les exemples de succès qu’il donne prouvent juste que le Web est un avantage comparatif temporaire et limité. Un avantage qui disparaîtra quand tout le monde aura intégré cette donnée.
J’adhère à la critique de Thierry quand il cite, par exemple, Joe Trippi, le directeur de la campagne Internet d’Howard Dean pendant les dernières primaires démocrates aux Etats-Unis : “La télé nous avait habitué à la passivité, Internet nous pousse à l’action”.
Dans démocratie participative il y a “participation”. La participation, encore d’accord avec Thierry, c’est plus que mettre un bulletin de vote dans une urne. C’est aussi plus qu’interpeller les politiques par le Web.
Malheureusement on en est encore à un stade d’incantation, dans l’euphorie de la nouveauté. On a juste progressé dans l’amélioration de l’expression, comme le dit Xavier Moisant Nadia Tiourtite.
Croire qu’un outil, ou un média, va changer les gens, relève bien de l’utopie. L’imprimerie n’a pas changé l’homme, même si elle a bouleversé le monde. Je doute - et je regrette - que les blogs provoquent une révolution émancipatrice.
Pour que le pays réel reprenne ses pouvoirs, il va falloir attendre encore un peu. Je crains que le penchant humain pour la servitude volontaire n’ait pas beaucoup évolué depuis l’invention des outils démocratiques par les Grecs.





Commentaires
Disons que les rares exemples de très bons débats en ligne, qui apportent quelque chose à celui qui les lit ou y participe, sont rares. Ces espaces ne font pas pour autant une démocratie participative. Et les outils du net, quand bien même ils seraient accessibles facilement non plus.
Maintenant, il y a quelques endroits, lieux de débats, expériences remarquables et remarquées où les citoyens participent au débat avec - c’est beaucoup plus rare - des politiques… Mais l’internet n’en a pas la primauté ni l’apanage. Les conseils de quartiers, les agenda21, les débats publics existent et le web ne les as pas renouvelé, même au niveau hyperlocal. Le grand soir est encore loin. ;-). Et l’internaute 2.0 de la politique aussi.
http://www.internetactu.net/?p=6339
Tu as raison, j’aurai pu aussi citer la “Révolte du pronétariat”.
C’est exactement cela : le web n’apporte pas grand chose au débat, sauf exceptions. J’aurai pu citer l’exemple de Marianne, dans la presse papier, qui a lancé un courageux débat en osant briser des tabous de son propre camp. Tout cela préexistait.
Rien ne change vraiment , Pas étonnant, derrière les claviers il n’y a toujours que des hommes
Merci pour le trackback.
Juste pour précision le billet est signé ntiourtite pour Nadia Tiourtite, l’autre contributrice du blog.
Désolé Nadia et bonjour au passage
Merci pour la rectif.
Bonjour aussi. Et à bientôt/.
“se ranger sous des bannières de candidats. Loïc s’active chez Sarko et Christophe roule pour Ségo.”
Si je ne m’abuse l’engagement de Christophe Grébert sous les couleurs du PS est antérieur à sa condition de blogueur. Ce qui n’est pas le cas à ma conaissance de celui de Loïc Lemeur.
Par ailleurs, la situation respective de l’un et de l’autre n’a pas grand chose à voir. Il faut comparer ce qui est comparable. Et en l’occurence, la comparaison fait plutôt du tort à Christophe Grébert étant donné que le ralliement de Loïc Lemeur a eu beaucoup plus d’impact médiatique. Autrement dit, à vous lire, la démarche de Christophe sera certainement évaluée à l’aune de celle de Loïc Lemeur qui a fait l’objet d’une certaine polémique.
A titre personnel, autant j’ai de l’estime pour ce qu’accompli politiquement le putolien, autant je suis dubitatif quant au ralliement que l’on peut qualifier d’opportun du patron de TPD.
Par ailleurs en ce qui concerne les ébauches de démocratie participative, la démarche d’Etienne Chouard est intéressante qui préconise l’élaboration d’une constitution par les citoyens eux-mêmes selon une méthode voisine de celle utilisée par Sciences Citoyennes[1].
Le travail accompli par Sciences Citoyennes consiste à constituer des panels de citoyens afin qu’ils puissent participer à la démocratie représentative en étant formés et informés pour le débat puis la prise de décision [2].
Enfin, le pouvoir participe prété aux blogues doit bcp au marketing de la phase de décollage. Pour favoriser l’engouement, rien de tel que de faire rêver d’un monde meilleur.
1] http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Bonne_Constitution_Guerison_Democratie.htm
2] http://sciencescitoyennes.org
http://unhumainunevoix.com
Bonjour
voila pour moi la meilleur façon de mettre en place la démocratie.
Mercide faire passer.
cordialement.
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