Télétravail ou travail en réseau à distance ?

Plus je pratique le télétravail, moins je trouve le mot approprié à mon activité ou à celle de mes partenaires, clients ou sous-traitants. Ce mot ne tient, en particulier, pas compte des aspects collaboratifs et des bénéfices du travail en réseau à distance.

Certes, l’entreprise a compris que délester les sièges sociaux urbains au profit d’une organisation plus déconcentrée améliorait les comptes de résultats. Renault en est la parfaite illustration, et c’est un progrès.

Mais il me semble que la confusion règne toujours autour du télétravail. Télétravail est un mot démodé, porteur d’une philosophie et d’un concept devenu inadapté. Il sent bon les années 60-70, la télématique, les cartes perforées, l’employé, la pointeuse et le travail à la maison et à la tâche.

Guéguerre sémantique bien française ? Pas du tout. Je suis convaincu que l’une des difficultés des entreprises à comprendre les bénéfices des nouvelles formes de travail, en réseau et à distance, trouve son origine dans la mauvaise image véhiculée par ce mot démodé de télétravail.

Etymologiquement, télétravailler c’est travailler à distance. Un cadre qui utilise son téléphone et sa messagerie électronique pour travailler chez lui 2 jours par semaine ne se contente que de quelques bénéfices : du temps gagné sur les déplacements (c’est déjà bien) et une meilleure productivité (pas dérangé en permanence au bureau).

A partir de ce constat, pourquoi ne pas pousser la réflexion sur ce mode d’organisation plus loin ?

Le travail en réseau à distance apporte beaucoup plus aux entreprises que le simple fait de travailler loin des bureaux ou en pseudo-mobilité. Une nouvelle forme d’organisation encore mal comprise de l’entreprise comme le résume bien Jacques Le Ny :

 » Cette forme collective de création de valeur en réseau, contrairement à l’organisation de l’employé en télétravail au sein d’un processus bénéficie d’un accroît de richesse par la distance. La collaboration à distance devient donc a contrario du télétravail un mode qui crée plus de compétitivité que le mode d’organisation traditionnel.

Cette forme d’organisation est encore mal connue dans l’entreprise qui s’appuie sur un modèle de contrôle par le management. Elle s’exerce de pair à pair et peut rapidement s’avérer beaucoup plus créative. On observe son développement très rapide en dehors de la sphère “entreprise” pour laquelle elle peut rapidement constituer une menace. »

C’est évidemment plus facile d’adopter ce mode d’organisation dès la création de l’entreprise, comme l’avaient construit Miguel Membrado et Bruno de Beauregard dans Mayetic.

Mais rien n’est perdu, même si l’on n’est pas une start-up des TIC.

Grâce à l’expérience de Zevillage et de sa communauté de télétravailleurs (réseauteurs ?), j’ai rencontré beaucoup de praticiens et de théoriciens du travail en réseau à distance. Avec, souvent des communautés de vue.

Avec Jacques Le Ny, nous avons, en plus, trouvé des complémentarités entre nos expériences et nos activités.

Nous avons donc mis au point une conférence destinée à sensibiliser les dirigeants d’entreprises et les cadres en charge des RH à la réalité du travail en réseau à distance (nous contacter).

Une conférence prochainement complétée par un module de 2 journées de découverte, plus en profondeur, des bénéfices et des outils du travail en réseau à distance.

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14 commentaires sur cet article

  1. Jacques Le Ny
    commentaire publié le 7 mars 2007 à 14:17

    Oui, le télétravail n’a jamais eu de succès et il est temps de le ringardiser car il se développe une mode très malsaine de la mobilité :

    Le cadre qui se déplace et charge ses mails sur son blackberry est évidemment moins efficace que s’il était resté sur un poste fixe, or, il télétravaille tout en étant convaincu qu’il faut se déplacer. Plus il multiplie les déplacements, plus son temps de télétravail augmente mais avec un poste de travail mobile moins efficace et plus cher.

    Le nouveau mode de travail se conçoit avant tout en réseau sans besoin de se déplacer car les co-équipiers changent et se trouvent dans une multitude de lieux. Le cadre ne peut donc se transformer en satellite géo-stationnaire en prenant constamment l’avion, autant rester sur le plancher des vaches à son bureau, ou mieux à son domicile !

  2. Modesto Alexandre
    commentaire publié le 7 mars 2007 à 15:04

    Télétravail en réseau.. quand le réseau fibre arrivera à la maison

    Avant.. ce sera du bricolage sans pérennité, le câble téléphone n’était pas là pour faire du réseau informatique :)

  3. jean-christophe courte
    commentaire publié le 7 mars 2007 à 15:42

    Absolument… le mot télétravail est un mot à la con…!
    Je travaille chez moi, je ne télétravaille pas…! Je bosse à distance mais je bosse quand même, si, si…! Je suis plus pour l’idée de travailler à distance, travailler chez soi…
    Tu as mille fois raison ! Cordialement.
    JC
    nb : d’ailleurs ce n’et pas pour rien que Jacques et moi avons titré notre bouquin Comment travailler chez soi… (et pas… Comment télétravailler chez soi…!!!)

  4. Ping : Zevillage.net

  5. Luc Legay
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 1:16

    Finalement dans télétravail, il y a deux mots complètement démodés : « télé »… d’un côté (qui la regarde encore…), et « travail » de l’autre (ont préfère la société des loisirs à celle du travail). Donc, c’est d’accord, télétravail, c’est bien un terme du siècle dernier. Il est bien temps d’entrer dans le vingtième-et-unième siècle…

  6. Bruno de Beauregard
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 1:28

    Je suis tout à fait d’accord, j’ai toujours trouvé que le mot télétravail était atroce, et je suis persuadé que trouver le bon mot est le point de départ à une évangélisation susceptible de soulever de l’enthousiasme et d’ouvrir les mentalités.

    Je suis aussi d’accord sur le fait que le télétravail est hyper intéressant pour une entreprise, mais qu’il l’est mille fois plus s’il est accompagné d’une véritable relation de confiance entre les dirigeants et les collaborateurs en télétravail.

    Pour le ou les dirigeants d’une entreprise, donner sa confiance revient à déléguer énormément, et par conséquence directe, à considérablement augmenter la responsabilité qui pèse sur la tête se ses employés en télétravail.

    Nous avons expérimenté ce phénomène avec Mayetic, et je ne me souviens pas qu’un seul de nos collaborateurs ne nous en ai pas fait la remarque : le poids qu’ils sentaient tous peser sur leurs épaules était bien plus important que dans leurs jobs précédents. L’un d’entre-eux avait par exemple fait une remarque qui m’avait frappé : il disait que si dans ses jobs précédents il était officiellent « chef de projet », il avait compris qu’en fait il ne l’avait jamais été « réellement » avant Mayetic.

    Or quand ainsi on délègue et chargeons les épaules de ses collaborateurs,
    le premier effet est qu’ils montent considérablement en compétences, et le second est que la relation devient une relation « en réseau », c’est à dire horizontale et non plus verticale. En outre, cette relation s’accompagne de bien plus de transparence.

    Bref, on rentre dans un vrai modèle « participatif web 2.0″.

  7. Bruno de Beauregard
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 1:50

    Suite logique de ce qui précède, et qui permet de prendre aussi le problème à l’envers.

    Quand on est prêt à faire monter en compétences ses collaborateurs, à leur déléguer des vraies responsabilités et à être transparent avec eux, le tout parce que l’on pense à juste raison que cela rapportera plus d’argent à l’entreprise, à quoi bon alors les vouloir aussi sous ses yeux toute la journée ?

    En fait, cela n’est de fait absolument plus nécessaire.

    Or, quand en plus en les laissant chez eux ils perdent moins de temps dans les transports, ils économisent de la surface bureau, ils sont moins dérangés, ils harmonisent mieux leur vie familiale, etc., pourquoi tenir tant à se priver de cela ?

    Donc si quelques dirigeants prétendent qu’ils veulent faire monter en compétences leurs collaborateurs, leur déléguer des vraies responsabilités et être transparent avec eux, mais qu’en même temps ils les veulent tout prêt d’eux, c’est que soit ils n’ont rien compris, soit qu’ils ne sont pas sincères.

  8. MiKE
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 9:18

    Avec tout ça, tu ne nous dis pas par quel terme tu souhaiterais le remplacer ! Perso, j’ai un petit faible pour OUTSOURCING [ même si c'est très mal vu depuis la valse des délocalisations ] : tu vas chercher la source de nouvelles compétences à l’extérieur de tes bureaux. Une bien belle approche, non ?

  9. Xavier de Mazenod
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 10:57

    Bruno : oui, le mot télétravail ignore complètement ces aspects « ressources humaines ». Un travail en reseau permet la progession de tous s’il est organisé.

    C’est, en fait, une véritable communauté apprenante dans laquelle chacun enseigne les autres.

    Mike : « outsourcing » (outre qu’il soit anglais…) met en avant l’externalisation du travail. Il s’apparente plus à de la sous-traitance qu’à un travail au sein d’une entreprise mais physiquement distant.

    Le concours est ouvert pour trouver un mot qui traduise le sens de « travail en réseau – ou collaboratif – à distance » ;-)

  10. Patrick Bachet
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 14:02

    Bonjour!

    Bravo pour la vidéo qui a le mérite de poser clairement le débat à sa juste hauteur: notre société vit un véritable paradoxe.

    Comme le dit Taguieff, nous sommes dans la culture du ‘bougisme’, qui est une explication de cette mobilité dont tout le monde parle.

    Le paradoxe est que notre société pour relever les défis de la prochaine décennie doit s’orienter vers une économie de l’immatérielle (rapport de Levy / Jouyet à T. Breton de mars 2006), véritable source d’innovation et de différenciation vis à vis des pays émergeants. Cette orientation vers les talents et les services va dans la droite lignée du travail collaboratif. Nous ne sommes plus à l’âge de la révolution industrielle où les cols blancs devaient être à l’usine, parce qu’au centre de la valeur.

    Il est nécessaire de sensibiliser la société à un changement de mode de travail nécessaire si l’on veut demain être réellement efficace. Il est d’autant plus intéressant de soulever ce débat dans la mesure où les solutions sont bien présentes!

    Je suis convaincu que les gens sont prêts, le seul hic c’est qu’ils sont dans leur voiture et leur avion, et n’ont pas le temps de se poser la question. Il est temps de se poser deux minutes, et le contexte des présidentielles apporte bien cela !

  11. Frédéric Soussin
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 18:55

    Télétravail, encore un mot massacré par ceux qui n’y comprenait rien. A commencer par un homme qui est maintenant ministre de l’économie et qui fut au début des années 90 le rapporteur d’une mission (assez lamentable) sur le télétravail.
    On peut changer les mots. C’est utile et ça évite de se faire piéger.
    Mais attention à ne pas en massacrer de nouveaux !
    Certes le vrai enjeu à toujours été d’apprendre à vivre en réseau et donc d’adapter nos processus d’échanges à ces nouvelles réalités. Nous étions beaucoup à penser que tout était déjà la au début des années 90. La réalité fut toute autre. Immobilisme et scepticisme furent les fossoyeurs de bien des projets et des enthousiasmes.
    Aujourd’hui nous avons plus que tout pour réussir à vivre en réseau. Nous avons la maturité des populations, la maturité logicielle et ergonomique , la maturité des réseaux et des bandes passantes.
    Et en plus nous avons une chose inestimable pour y arriver : il n’y a pas d’autre solution ! Car si nous continuons à nous agiter bêtement de voiture en avion nous allons faire péricliter la planète et là ….ce sera la fin de tous les mots .

  12. Xavier de Mazenod
    commentaire publié le 8 mars 2007 à 19:57

    Merci de ce jeu de maux Frédéric. Quel gaspillage que ces déplacements ! Temps bêtement perdu, argent perdu, pollution, stress… Quel gâchis.

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