Jean-Michel Billaut : “Pour avoir de la fibre optique dans les campagnes, il faut gueuler !”
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Toujours à Mortain, dans la Manche, à la Fête du très haut débit chez Acome, j’ai coincé Jean-Michel Billaut dans un coin pour lui demander son avis sur le très haut débit rural.
Il est déçu car le FFTH n’est pas pour demain. Et il ne voit à l’horizon aucune stratégie globale pour le territoire.
Certes, dit-il, on met de la fibre là où il y a beaucoup de gens (voir l’entretien avec Yves Parfait, M. FTTH de France Telecom).
Mais rien ne sera fait avant au moins 10 ans dans les campagnes, qui représentent pourtant 80% du territoire. Alors que ce sont les campagnes qui ont le plus besoin de la fibre optique.
Or, dans une société démocratique, tout le monde devrait avoir accès aux mêmes services. ” Aujourd’hui on a vu des solutions bâtardes de fibre optique qui alimentent de l’ADSL alors qu’avec la fibre on est équipés pour 2 ou 3 générations”.
La conclusion de Jean-Michel est simple : “Si on ne gueule pas on n’aura rien”.






Commentaires
Je ne suis pas certain que gueuler soit une solution, même si, parfois, cela soulage. Il y a dans toute cette affaire un vrai problème de maîtrise d’ouvrage.
Celle-ci ne peut pas être le fait des opérateurs qui conservent leur logique économique et leur rythme de déploiement qui n’est pas, par nature, une logique d’aménageur ; elle ne peut pas être non plus le fait des collectivités locales qui ne peuvent intervenir qu’à un niveau de collecte intermédiaire.
Le cÅ“ur du problème est dans l’aménagement des espaces privés et les véritables acteurs à ce niveau sont les promoteurs, les gestionnaires de patrimoine, les syndics de copropriété, les bailleurs sociaux, les particuliers eux-mêmes. Le plus gros du chantier se passe sur leur domaine, tout le reste est techniquement et économiquement très simple.
Inversons les raisonnements. Ce n’est pas la fibre “jusqu’à l’habitant” qu’il faut traiter ; c’est la fibre “depuis l’habitant” en remontant dans une logique bottom-up d’un nÅ“ud d’interconnexion d’hyper-proximité à un autre. C’est la seule manière de faire émerger un marché réel dans des délais raisonnable.
Tant que personne ne proposera à ceux qui sont les véritables acteurs de l’aménagement au quotidien, des formes d’organisation adaptées leur permettant d’exercer collectivement la maîtrise d’ouvrage du déploiement de la fibre, nous en resterons à un casting ubuesque, une répartition des rôles improductive tant économiquement que socialement.
je suis bien d’accord avec toi Olivier et nous en avons parlé déjà .
Mais la difficulté réside dans le coût du déploiement de l’infrastructure. Des investissements qui ne sont pas à la portée des utilisateurs finaux.
Certes, en théorie, on peut imaginer des communautés ou même des coopératives d’utilisateurs qui financent ce déploiement.
Dans la réalité, je crains que de telles expériences soient rares.
Et donc les seulsqui puissent investir sont des opérateurs (ou des consortiums d’entreprises où l’on trouvera des opérateurs) et les pouvoirs publics, locaux ou nationaux. Ou, plus vraisemblablement, un mix privé-public.
Leur logique est le retour sur investissement, ce qui est sain
Leurs priorités sont donc les zones à plus porte profitabilité, les zones urbaines.
Il existe une rentabilité (sur 10 ans selon certains calculs)pour els opérateurs qui investissent en milieu rural. Mais ils ne viendront pas seuls et de toute façon pas avant longtemps.
Je vois mal dans ces conditions comment en sortir sans remuer les élus locaux afin qu’ils comprennent l’intérêt pour lerus territoires d’accélérer le déploiement de la fibre chez l’habitant.
xavier dixit : « Certes, en théorie, on peut imaginer des communautés ou même des coopératives d’utilisateurs qui financent ce déploiement. »
Attention Xavier, ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit. Je sens qu’il y a souvent un quiproquo fâcheux dans ce genre d’échanges qui se répète sous la même forme, ici et là , depuis 10 ans. Ceci est dit en toute amitié, mais sans chercher à masquer un pointe d’agacement tout de même…
Je répète depuis longtemps que les interlocuteurs à privilégier politiquement sont les utilisateurs auxquels il convient de proposer des modèles d’organisation adaptés pour qu’ils puissent être des acteurs à part entière et peser de manière significative sur les processus de décision opérationnels, sur la réalité des chantiers. Nous n’avons pu le faire au moment du déploiement de l’ADSL, simplement parce qu’il s’agissait de l’exploitation/transformation d’un réseau déjà existant et que le sort en était jeté de longue date. Aujourd’hui nous vivons un autre temps ; nous parlons d’un réseau “neuf” , qui n’existe pas encore, et cela change tout.
Naturellement, le traitement, le financement de ces dossiers restera multi-acteur, multi-partenarial, multi-financé, mélange d’intérêts publics et d’intérêts privés ; ce que je récuse c’est l’illusion de croire que l’interlocuteur principal sera soit l’élu, le gestionnaire de territoire, le (so-call) représentant de l’intérêt général… soit le ou les opérateurs avec leur rythme et leur culture, alors que la réalité du terrain sera celle d’une collection d’intérêts collectifs intervenant sur l’aménagement d’espaces privés auxquels il ne manquera que les méthodes pour se constituer en maîtres du jeu.
Je préfère travailler sur ces méthodes d’organisation plutôt que de gueuler encore et toujours des années durant de manière incantatoire derrière les mauvaises portes. Quand France Telecom ou Free font un marketing d’enfer actuellement pour négocier avec les syndics de co-propriété, les bailleurs sociaux et tutti quanti, je dis simplement qu’aujourd’hui un consultant (ce que je ne suis pas) avisé (ce que je suis
aurait plutôt intérêt à s’assurer un avenir en se positionnant en assistance au maître d’ouvrage potentiel que constitue tout gestionnaire de patrimoine du plus petit propriétaire au plus grand bailleur social plutôt que d’errer dans les antichambres des conseils généraux ou des opérateurs.
Alors, bien sûr la question rurale a ses propres spécificités mais elle ne modifient en rien le raisonnement.
C’est moi qui vais marquer de l’agacement
: “bailleurs sociaux” ? Tu aprles encore une fois de zones où la densité de population connectable règle le problème d’elle-même.
Là où il y a du monde les opérateurs iront tous seuls.
Moi je parle de la campagne où l’habitat social est lui aussi dispersé.
Et que la technologie soit jeune ne change rien à l’affaire. Si personne ne se décide à tirer la fibre tu pourras toujours rêver à des jours meilleurs et aux superbes usages que les gens de la ville connaîtront depuis longtemps…
Il est certain que nous ne parlons pas du même objet, c’est sans doute là que se tient le quiproquo. Je parle de l’Internet, c’est à dire un ensemble indissociable d’infrastructure, d’infostructure et d’infoculture sans que l’on puisse à aucun moment privilégier l’une ou l’autre entrée.
Ces questions se situent pour moi bien au-delà de la seule dialectique infrastructure VS usages ; elles sont avant tout politiques et accessoirement (très accessoirement) économiques. Je ne suis pas de ceux qui soumettent d’entrée de jeu la politique à l’économie ; je pense que choisir une maîtrise d’ouvrage plutôt qu’une autre est, avant toute autre considération, un choix de société.
C’est une ligne de partage et pour tout dire une ligne de front.
Images dans commentaires sur ce blog.
Si tu voulais déposer un dessin, envoie-le moi, je le publierai.
Non Xavier, pas d’images dans les commentaires.
Et je parle de quoi moi Olivier ? De pêche à la ligne ?
Depuis quand le politique n’est-il pas soumis aux contraintes économiques ? Faire un choix politique sans pouvoir le financer ne rime à rien. C’est un voeu pieux.
Et en plus faire un choix politique ne se décrète pas. Pour le sujet qui nous anime, si tu veux partir du politique, convaincre les élus, les faire bouger prendra bien 10 ans
Même si tu décides de tirer toi-même de la fibre et de la raccorder au réseau dans le cadre d’une coopérative montée avec tes voisins (acte éminent politique et initiative de la base), tu n’échapperas pas à l’économie, au prix du mètre de fibre, des routeurs, des prises…
Tu restes dans l’incantation aussi et nous sommes dans la mouise pour 10 ans comme je l’expliquais au début de l’échange. CQFD.
Je te donne rendez-vous bien avant 10 ans… disons 3 ans, jour pour jour, et nous concluerons honnêtement cette discussion en te laissant juger sur pièce.
Si seulement tu pouvais dire vrai
Mais je suis sceptique.
Aller ! J’suis pas chien, je nous donne trois mois (pas trois ans) pour te convaincre
On parie un bon Bordeaux contre un bon Calva de l’Orne. Rendez-vous dans 3 mois
Si dans 3 mois tu m’as obtenu du FTTH dans Zevillage c’est uen caisse de calva que je t’envoie
Moët Hennessy !
J’ai lu avec attention le dossier sur le FTTH. Je pense que pour réussir ce déploiement, il faut s’intéresser à ce qui se passe dans l’habitat.
Depuis 1997, nous entendons les mêmes discours sur la carence des opérateurs, la fracture numérique, etc….
Rien ne sert d’amener de la fibre à domicile si le client ne dispose pas d’un réseau interne à son habitation qui soit correct.
Tant qu’installateurs et promoteurs immobiliers ne seront pas force de proposition auprès de leurs clients, il ne se passera rien!!!
Nous sommes très proches du dernier mètre avec le FTTH, donc plutôt que de pensez technos PON ou peer to peer, posons nous la question “comment vendre efficacement ces nouveaux accès avec de multiples services”.
« Comment vendre efficacement ces nouveaux accès avec de multiples services ? »
On peut prolonger la question en se demandant ce que peuvent être de « nouveaux services ». Je n’en vois pas d’autres « réellement nouveaux » que les services d’assistance mutuelle auto-produits par les habitants eux-mêmes. Voilà qui commence à nous faire doucement remonter vers l’aval, vers le père du problème.
Et là , ce n’est pas en « gueulant » que l’on trouvera les réponses mais peut-être simplement en écoutant avec un peu plus d’attention le murmure de la vie des gens, des autres, de nous tout simplement.
Il serait temps (n’est-ce-pas Xavier) de « se convaincre qu’habiter en poète – dans son entreprise ou dans son ” pays ” - loin de constituer un projet passéiste est un projet réaliste, dont la ” rentabilité ” peut se mesurer à long terme. Si le bonheur n’a pas de prix, il peut s’avérer être un excellent vecteur d’économies ! »
L’échange intra-communautaire n’est qu’une partie du problème. Qui impose de toute façon un réseau pour exister.
Pour construire un réseau je serais plus enclin à faire confiance aux opérateurs, aux collectivités locales (et même aux banquiers, c’est dire) qu’aux poètes
Bruno, je parle d’habitat rural généralement non collectif.
Apportez-moi une connexion FTTH, je me charge d’installer le câblage 100 Mo chez moi si mon réseau CPL ne me satisfait pas
xavier : « Pour construire un réseau je serais plus enclin à faire confiance aux opérateurs, aux collectivités locales (et même aux banquiers, c’est dire) qu’aux poètes »
He oui ! C’est tout ton problème et tant que tu ne l’auras pas dépassé il ne se passera rien, nada, que daaaalle
Par ailleurs, effectivement, l’échange intra-communautaire n’est qu’une partie du problème, mais c’est la condition sine qua non pour forcer la constitution d’une maîtrise d’ouvrage adaptée, capable de construire une stratégie durable. La stratégie des opérateurs est univoque et ne règle pas le problème ; quant à imaginer les collectivités en « stratèges » la preuve est faite depuis longtemps : c’est une illusion d’optique.
Enfin, inutile de tirer sur la plante pour la faire pousser ; que les opérateurs et les collectivités continuent sur leur lancée à mettre les personnes hors-jeu en attendant que les personnes s’arrangent directement avec les banquiers pour mettre les opérateurs et les collectivités hors-jeu. Les uns et les autres ne pourront pas dire que nous n’avons pas cherché à les prévenir.
Le FTTH c’est tout : il arrive quand quelqu’un a interêt qu’il arrive
Point de poésie là -dedans.
En gros, tu dis comme France Telecom pour l’ADSL et comme Jésus : là où vous serez rassemblés à 100 au moins je viendrai parmi vous !
De bonne veillées conviviales en prévision, certainement, mais c’est n’est pas cela qui résoudra le problème économique du FTTH rural avant 10 ans…
Je ne dis pas cela. Je dis en gros : Quand vous serez rassemblés vous n’aurez plus à attendre que la fibre vienne à vous, vous y serez déjà .
Illusion !
On sera rassemblés et on attendra ensemble la fibre.
C’est plus rigolo que d’attendre seul, c’est certain.
Mais on attendra encore et toujours.
Eh bien ! Gueulez, chers amis, gueulez pendant ce temps là nous ne manquerons pas de vous rappeler chaque fois que l’occasion se présentera qu’il existe d’autres possibilités.
Cette échange aura au moins eu le mérite de nous permettre aux uns et aux autres (et plus particulièrement à toi et à moi, Xavier) de prendre date.
En toute amitié.
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