On peut se réjouir qu’en moins d’un an le paysage éditorial de la presse en ligne s’enrichisse d’expériences innovantes marquantes.

Innovantes car elle rompent avec une sorte de repli agressif de beaucoup de journalistes vis-à-vis du phénomène Web 2.0. Si l’on se penche sur ces récents titres pure player les plus emblématiques, on peut constater qu’ils gèrent différemment l’interactivité et l’apport des contenus par les utilisateurs.

participation-rue89.jpgRue 89, fondé par des anciens de Libération dirigés par Pierre Haski, sollicite clairement les visiteurs qui peuvent collaborer au site ou envoyer des informations.

Leur statut est précisé à côté de leur nom  : « Zacharia Dosseur, enseignant en ZEP », « Arnaud Lievin, journaliste » ou « Hubert Artus, Rue89 ».

Je ne sais pas si l’équipe de Rue89 intervient sur les articles proposés à la publication. Mais, au final, on retrouve un mélange de papiers de la rédaction et d’auteurs extérieurs. Une sorte d’Agoravox professionnalisé, très ouvert.

Enfin, Rue89 offre une plateforme de blogs et publie peu de vidéos.

participation-lepost.jpg Le Post, filiale du Monde interactif, fait également la part belle aux articles extérieurs mais annonce clairement la distanciation vis-à-vis de chaque « invité », « choisi par la rédaction du Post ».

Les billets sont classés par tags (plus des rubriques, d’ailleurs) et les auteurs peuvent se regrouper dans des communautés d’affinités, les « groupes ».

Pas mal de vidéo en ligne, pas de blogs (est-ce parce que le Monde dispose déjà d’une plateforme ?) mais beaucoup de fonctionnalités banalisées par les blogs pour encourager l’interactivité : affichage des derniers commentaires, des billets les plus lus, des « invités », etc.

Arrêt sur images reprend le concept – et le jingle – de la célèbre émission de la Cinquième. Daniel Schneidermann explique dans une interview pour l’Atelier des médias de RFI que cette migration de la télévision vers l’Internet lui a apporté la liberté de format… et une chute de spectateurs de 1 million à 38 000 abonnés !

Mais, originalité, il s’agit de visiteurs payants. Il faut de l’argent pour faire travailler une rédaction de 6 personnes : 3 journalistes, 1 chef de projet, 1 webmestre et 1 réalisateur multimédia.

Selon Gilles Klein à qui nous avons posé la question (il a rejoint la rédaction en janvier), les internautes disposent de plusieurs éléments de participation : ils peuvent signaler des émissions à la rédaction par mail, ils réagissent aux forums et votent pour les contenus ou les commentaires qui peuvent ainsi acquérir le statut de « contenu d’utilité publique » et passer dans la partie gratuite du site. Petite particularité : le site ne dispose pas de fonction « commentaire » mais a gardé les forums qui rencontraient beaucoup de succès dans la version du site sur France 5.

Difficile de juger de la participation de l’abonné chez MediaPart qui n’ouvre dans sa version définitive que le 16 mars. On nous y promet beaucoup de Web 2.0 grâce au partenariat avec une « jeune agence internet ». Le titre est lui seul une promesse et il a d’ailleurs failli changer, une affaire qui a tourné à la polémique.
Dans le projet d’Edwy Plenel les abonnements sont eux aussi payants. Normal, l’ambition est grande : près de 30 journalistes ont rejoint la rédaction. François Bonnet, directeur éditorial de MediaPart, expliquait il y quelques jours sur Radio-classique que le projet garantirait son indépendance grâce à un capital de 3,6 M€ détenu à 60% par l’équipe. Une indépendance indispensable car MediaPart entend « relancer le journalisme d’investigation ».

participation-causeur.jpgEnfin, dernier né de cette vague, Causeur est plus une revue en ligne, un lieu de réflexion qu’un journal.

Créé par la turbulente journaliste Elisabeth Lévy (sa présentation dans Causeur : « Beaucoup la trouvent exaspérante. Comme disait l’autre, elle n’est pas méchante mais, putain, qu’est-ce qu’elle est chiante. Journaliste, grande gueule, structurellement en retard et à découvert. »), Causeur regroupe les potes d’Elisabeth.

Plutôt caustique et anticonformiste, le salon reflète l’humeur de la maîtresse de maison : Causeur « n’est ni citoyen, ni participatif, ni démocratique ». Il affecte même un peu de mépris pour la participation (et peut-être de l’incompréhension du concept de Web 2.0) :

« Nous ne nous ébaubirons pas devant vos commentaires – à moins qu’ils soient vraiment pertinents. Et ne seront publiés comme auteurs que ceux que nous jugerons à la hauteur (pour les commentaires, nous ferons une entorse à nos principes aristocratiques en les acceptant tous). Car autant l’avouer : nous ne croyons pas à l’égalité de tous devant les idées. »

Quoi qu’il en soit, Causeur sollicite quand même la participation de ses lecteurs.

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