Faut-il supprimer les bureaux en open space pour sauver le travail collaboratif ?

Le Figaro a récemment publié une interview d’Alain d’Iribarne (1), chargé de recherche au CNRS, qui repose la question des open spaces.

Sensés facilier le travail collaboratif et la formation d’équipes, ils facilitent en fait le contrôle social explique-t-il :

 » La norme sociale, sous forme de «cancans», de rumeurs, est très présente dans l’entreprise, et est ainsi accentuée par l’open space. Chacun se surveille, écoute les conversations des autres. La hiérarchie de l’entreprise se sert en fait de l’open space comme d’une mécanique de contrôle social des salariés entre eux, ce qui leur évite de le faire eux-mêmes. »

Or, le management par le contrôle c’est le contraire de la confiance qui permet le partage et la collaboration dans l’entreprise.

open-space-m-a-tuer.jpgEn dehors des critiques dures que l’on peut trouver à son encontre (voir L’open space m’a tuer), je constate que l’open space est inefficace pour le travail en équipe ou collaboratif.

La réalité de ces bureaux partagés est loin de l’organisation à la suédoise (vous vous souvenez peut-être de Jonas Birgersson, fondateur-gourou de la webagency Framfab ?) de bureaux organisés autour des ordinateurs portables pour composer des équipes selon les moments. La bulle Internet a explosé et les utopies sont loins.

L’open space c’est le bruit, le dérangement, la dépersonnalisation, le contraire du travail collaboratif. Vous avez déjà essayé de tenir une réunion au milieu de 50, ou même 20 personnes ? Or, le travail collaboratif c’est la réunion, la confrontation des idées, l’échange en permanence.

Et le travail collaboratif est une nécessité pour l’entreprise, une source d’innovation par l’intelligence collective. On le sait bien, on est plus malins et plus créatifs à plusieurs.

En fait de collaboration, à l’intérieur des open spaces les salariés s’envoyent des mails ! Par flemme, pour ne pas se déplacer mais surtout pour ne pas déranger.

Alors quand on me dit que le télétravail isole et que l’entreprise est un lieu de productivité, je rigole !

Dans mon bureau en pleine campagne je passe ma journée connecté à mon réseau. Je ne dérange personne mais je peux me retrouver instantanément au milieu d’une équipe au moment précis où j’en ai besoin. Sans avoir besoin de réserver une salle de réunion une semaine à l’avance comme le font ceux qui travaillent en open space

(1) : On se souviendra qu’Alain d’Iribarne est co-auteur du livre De la pyramide au réseau, récit de l’expérience de démocratie participative à Parthenay menée par Michel Hervé, alors maire.
Abonnez-vous au flux rss des commentaires ce billet Twitter ce billet

9 commentaires sur cet article

  1. René
    commentaire publié le 10 décembre 2008 à 21:00

    Je travaille en OpenSpace, exactement sur le même principe que celui décrit par Alain d’Iribarne dans son entretien au Figaro. C’est à dire que je ne sais pas précisément où je vais m’installer.
    Dans la pratique, on se regroupe par accointance et l’on finit par se retrouver à peu près au même endroit ; mais ce n’est jamais garanti.

    Je confirme le côté cancan décrit dans ce même entretien. Peut-être par naïveté, je ne perçois pas le contrôle social qui serait un des effets de ce type d’aménagement.
    En revanche, il est clair, que l’on NE PEUT PAS travailler en open space. On peut lire ses mails (envoyés par le voisin du bureau d’à côté), on peut appeler et répondre au téléphone, mais sûrement pas se concentrer sur un travail délicat.
    Quand j’ai un vrai travail à faire, je le fais chez moi, et déconnecté du réseau pour ne pas passer mon temps à consulter les mails.
    Le seul avantage que je reconnais à l’open space provient du zéro papier obligatoire, si l’on ne veut pas avoir à transporter des tonnes de dossier de bureau à bureau. Les dossiers sont sur l’ordinateur et j’en imprime très peu.

  2. Emmanuel MIGNOT
    commentaire publié le 10 décembre 2008 à 23:08

    Tout en étant tout à fait convaincu du télétravail (j’ai crée le magazine Teletravail Magazine en 1995, et édité un ouvrage sur le sujet, Les Mutants, en 1997), je suis tout à fait en désaccord avec ta vision de l’open space.
    Comme toute organisation, elle demande une éducation et un apprentissage.
    Ensuite, dans un univers calme, il y a vraiment collaboration, échanges informels mais réels.
    Encore que l’ensemble de l’entreprise soit construite de façon cohérente pour le traigement de l’information.
    Question de culture d’entreprise, c’est à dire, une vision partagée par tous.

  3. David Lafon
    commentaire publié le 11 décembre 2008 à 11:07

    Je travaille en OpenSpace depuis plusieurs années et il est vrai que si parfois il est accélérateur de transmission d’informations, il génère aussi un bruit (au sens propre et configuré) qui est difficile à gérer : les discussions des consultants sur un problème, l’échange entre développeurs sur la méthode d’implémentation d’une fonctionnalité, les rires voire les fulminations de certains… Je serais assez d’avis de concevoir un OpenSpace modulable où chaque équipe projet serait rassemblée grâce à un système de séparations mobiles. J’ai eu l’occasion de le tester sur un projet et c’est réellement productif car la synergie est toujours centrée sur la même problématique et non parasitée par le reste des occupants. Cela dit, je ne suis absolument pas pour le bureau isolé. Il existe un juste milieu mais qui nécessite certainement un peu de mobilité de la part des occupants de l’OpenSpace afin de se rassembler en unité axée sur un même projet.
    J’ai également travaillé en télétravail durant 2 ans et j’adore aussi cette approche nécessairement moins contraignante que le travail au sein d’un entreprise. Bien qu’il faille prendre garde à bien séparer la vie professionnelle de la vie privée au risque de ne plus pouvoir les distinguer et de laisser empiéter l’une sur l’autre… et inversement.

  4. Claude Virlogeux
    commentaire publié le 12 décembre 2008 à 20:34

    Je suis radicalement contre l’open space comme forme de management, mais je suis également ‘usage des codes géographiques (taille du bureau, emplacement…) comme outils de management.
    D’expérience, j’aime le modèle dans lequel je travaille actuellement.
    L’unité : le petit groupe à la tâche (groupe de projet) avec un mixte entre espaces individuels, toutes les portes largement ouvertes (sans hiérarchie), et salles de réunions privatisables si nécessaire). Un plus, le serveur entier est accessibles à tous et aucun document n’est confidentiel.
    Cela fait dix ans que cela dure et il n’y a jamais eu de problèmes.
    Le seul qui me gène (mais nous ne sommes que deux sur huit), nous devons descendre fumer sur le trottoir. ;-)

  5. ocarbone
    commentaire publié le 26 décembre 2008 à 19:59

    L’open-space c’est quitte ou double ! Pour pouvoir travailler en open-space il faut bénéficier d’un certain calme, la proximité d’autrui ne doit pas être une gène.

    Mais pourquoi opposer open-space et collaboration ?

    Pour ma part je travaille en open-space, et mon travail n’est efficace que grâce à l’attitude collaborative qui règne au sein de l’équipe. On sais quand il faut se taire et quand on peut se permettre de raconter des blagues, on se connait aussi suffisamment pour se comprendre rapidement et savoir qu’elle attitude adopter.

    Non l’open-space n’est pas un frein avec la collaboration … en fait c’est exactement comme pour le télétravail : le cadre est atypique (open-space/à distance) mais l’attitude des acteurs (collaboratif) peut permettre un travail efficace !

  6. Xavier de Mazenod
    commentaire publié le 29 décembre 2008 à 13:09

    @ Olivier : il y a des métiers qui se prêtent mieux que d’autres à l’open space, avec un travail plus solitaire au milieu des autres.

    Les développeurs, par exemple, quand ils ne jouent pas à CounterStrike en réseau, sont assez silencieux ;-)

    Mais monter une réunion en présentiel, téléphoner à une visio-conférence, recevoir un visiteur est souvent plus difficile en open space.

  7. ocarbone
    commentaire publié le 29 décembre 2008 à 20:47

    La collaboration repose sur une attitude individuelle et collective, « open-space/bureau fermé » est un paramètre de confort, pas un pré-requis à la collaboration.

    Tu dis avoir constaté que l’open space est inefficace pour le travail en équipe ou collaboratif et un raccourci trop rapide. Mais … n’as tu pas aussi constaté que le « bureau fermé » est inefficace pour le travail en équipe ou collaboratif … LOL

    Ce que je veux dire c’est que le cadre de travail est important, c’est indéniable, mais la problématique ne s’arrête (ni ne commence) là !

    La collaboration n’est pas donnée à tout le monde, elle repose sur une attitude et une volonté ; elle doit être permise-attendue, enseignée-accompagnée et gérée.

  8. Xavier de Mazenod
    commentaire publié le 30 décembre 2008 à 15:30

    D’accord avec toi : la collaboration présuppose une volonté et donc une attitude positive.

    Mais le cadre peut être favorable ou pas. C’est pour cela que je ne parle pas des bureaux fermés. Tout le monde sait qu’il ne sont pas fait pour aider à la communication et à l’échange ;-)

    Je parle des open space pour une question d’actualité (le livre) et je les oppose plutôt au travail à distance.

    Mon propos est de dire que les apparences sont assez trompeuses : l’open space ne favorise pas forcément la collaboration et le travail à distance n’entraîne pas automatiquement l’isolement.

  9. Ping : L’open space m’a tuer – ou « dans l’open space, tout le monde vous entendra crier » | Oreille malade

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>