Maîtres du faire croire

Maître du faire croire, le dernier ouvrage de François-Bernard Huyghe, est un tour d’horizon très complet dans l’univers de la propagande et de l’influence.

Travail d’universitaire bourré de références (avec un petit glossaire très pratique des 100 mots de l’influence), ce livre aborde tous les aspects du travail des artisans ou des industriels de l’influence au travers des siècles.

A travers l’histoire, l’auteur nous expose toutes les manières par lesquelles les hommes ont tenté de perduader leurs semblables, dans les domaines religieux, politiques ou économiques.

On retrouvera bien-sûr dans ce livre les grands acteurs de la propagande, du soft power, du viol des foules, de la diplomatie publique ou de la guerre culturelle comme George Creel, Serge Tchakhotine, le général William Donovan ou Alastair Campbell (dit Ali le cynique) spin doctor de Tony Blair.

Sans oublier le domaine militaire, grand pourvoyeur de techniques d’influence et de théoriciens comme le célèbre Lord Ponsonby, pacifiste qui a identifié les 10 règles pour réussir une bonne propagande en temps de guerre. Véritable petit manuel du propagandiste qui, s’il avait été mieux connu, aurait permis de démonter les bobards assénés pour préparer l’opinion américaine à la 1ère Guerre du Golfe (un parallèle saisissant avec les bobards de la Guerre de 14 dénoncés par Ponsonby : bébés tués dans les couveuses par les méchants Irakiens d’un côté, enfants aux mains coupées par les méchants Boches de l’autre).

On notera également la partie consacrée à la langue comme levier de pouvoir et de manipulation, y compris dans ses formes modernes comme le storytelling (Je vais te raconter une belle histoire…). Un sujet cher à F.-B. Huyghe qui lui avait déjà consacré un livre, La langue de coton.

Et on lira avec attention le chapitre consacré aux « réseaux et machines d’influence » qui aborde les techniques contemporaines d’influence, plus subtiles que les grosses ficelles de la propagande.

L’auteur y décrit les nouvelles formes d’influence exercées par les ONG, les lobbies et les think tank : les pouvoirs de critique, de dénonciation, de création de normes qui s’imposent en parallèle de la loi, le pouvoir de créer l’agenda des médias.

Un petit regret : le rôle de l’Internet, l’évolution du Web social, ne sont évoqués que brièvement dans la conclusion. François-Bernard Huyghe y évoque pourtant l’anecdote des 280 000 Chinois employés à « répandre une bonne influence patiotique » sur les forums du monde entier, selon les directives du président Hu Jintao « appelant les communistes à « exerer leur suprématie sur l’opinon publique en ligne » !

Un petit livre indispensable pour se faire une idée des nouvelles menaces qui pèsent sur les entreprises, sur les citoyens et sur les politiques. Et pour découvrir que, même s’il n’existe rien de nouveau sous le soleil en matière d’influence, une bonne connaisance des techniques nouvelles est indispensable.

Maîtres du faire croire, par François-Bernard Huyghe, Vuibert, 176 p. – 15,20 €

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