La succession rapide, en quelques semaines, des « affaires » médiatiques Roman Polanski-Frédéric Mitterrand-Jean Sarkozy nous servent sur un plateau (télé ?) matière à réflexion et à critique.

Elles ont toutes les 3 en commun un buzz interneto-médiatique dans lequel le Web initie ou accélère un buzz qui n’a pas grand chose à voir avec de l’information.

Ce n’est pas la peine de louer la diversité et le non-conformisme de la blogosphère si c’est pour la voir s’aligner sur les pratiques superficielles et le conformisme qu’elle dénonce à propos des médias traditionnels.

Car qu’a-t-on vu dans le buzz de ces dernières semaines ? De la propagation de rumeurs, de l’information par le petit bout de la lorgnette (et même par le trou de la serrure) et de la non-information.

On a vu du lynchage, du mensonge et de la manipulation, aussi, avec des arrières-pensées politiques et de la rigolade qui entretenait le buzz, juste pour le fun.

Les médias traditionnels n’ont guère mieux informé que le Web. Et ceux qui ont essayé de le faire, en ligne ou sur papier, ont été inaudibles comme le souligne Narvic dans un article sur Slate (je le recommande à votre lecture attentive, ainsi que sa longue webographie).

Certes, on est en pleine déconfiture de la presse, c’est un truisme. Perte d’audience, perte de légitimité, course après le Web, l’interactivité et les communautés. Mais, en attendant une recomposition du paysage, les 3 affaires augurent mal du sort de l’information.

Dans l’émission de Frédéric Taddeï de jeudi soir sur France 3, on a beaucoup parlé du buzz Jean Sarkozy (l’émission portait sur le papa). On a beaucoup parlé de ce qui s’était passé sur le Web et on s’est beaucoup félicité entre soi avec le sentiment de représenter une grande vague d’opinion.

Je crois plutôt que ces gros buzz et ces autosatisfactions médiatiques cachent la forêt des frustrés d’information, des déçus de la superficialité. Le Web n’a pas à se glorifier de ces affaires ni à surestimer sa force. Comme l’explique une étude récente citée par l’Atelier, « l’internaute engagé et bavard ne fait pas forcément le leader d’opinion ». En effet, comme on dit chez moi, ce n’est pas forcément la poule qui chante qui a pondu l’oeuf !

Je ne sous-estime pas la force des internautes rassemblés, ce Cinquième pouvoir. Je pense juste qu’il ne « fait pas sens » automatiquement, qu’il ne porte pas consubstantiellement à des prises de conscience civiques ni à une information exacte.

Peu importe que Narvic ou Versac (qui avait fait un saut chez Taddeï) , « blogueurs influents », aient lancé ou participé au buzz Sarkozy. Au moins, ils portent un jugement critique (un rien angélique chez Versac) sur le phénomène et prennent du recul.

Exactement ce que ne permettent pas Twitter ou Facebook… La télévision entraîne, par nature, le journalisme sur la pente de l’instantané, du scoop, du manque de vérification et de la superficialité ; parce qu’on est dans l’urgence et dans le zapping. Les outils sociaux aussi.

L’outil accélère ces dérives. Il façonne les modes de diffusion de l’information mais aussi l’information elle-même.

Cela ne sert à rien de reporter la faute sur l’outil comme le font certains démagogues ou certains journalistes hatifs. La mal est ailleurs, dans le manque de recul sur ces technologies récentes, dans le manque de réflexion, dans le manque de formation. Faudra-t-il créer des cours d’éducation textuelle à l’école ?

Je n’ai pas de solution ni de conclusion à ce billet écrit en réaction, à chaud. Mais je reviendrai sur le sujet.

En attendant, dépêchez-vous de vous pencher sur Twitter ou sur Facebook si ce n’est pas fait déjà. Pas pour devenir un buzzeur influent mais pour comprendre.

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