Je viens de terminer le livre d’Anne Querrien, Ecole mutuelle, une pédagogie trop efficace. Une expérience très innovante. Deux siècle en arrière, les formes de transmission du savoir favorisées aujourd’hui par l’Internet étaient déjà inventées.

Ces écoles mutuelles ont été créées en France au tout début du XIXe siècle pour donner une réponse de masse rapide à la scolarisation des enfants pauvres. Leur apporter un savoir minimum (lire, écrire, compter) et sortir ces enfants de la rue.

L’objectif de ce mouvement s’inscrivait dans la lignée des frères des écoles chrétiennes d’une école pour tous. Mais la démarche était non confessionnelle et bien adaptée au milieu rural où les disciples de saint Jean de la Salle n’étaient pas structurés pour s’installer.

Le plus marquant dans l’expérience d’école mutuelle est sa pédagogie empirique très innovante.

Dans l’esprit de l’amalgame pratiqué dans les armées napoléoniennes, les élèves des écoles mutuelles s’enseignent les uns les autres. Ceux qui ont compris enseignent aux autres. La différence de niveaux est positivée et devient le moteur de ces écoles, plus un obstacle.

Une pédagogie innovante

Les élèves travaillent en petit groupes où lecture et écriture sont pratiquées en même temps et non plus successivement.

Contrairement aux autres écoles, les élèves n’ont pas de place fixe en classe mais des bureaux mobiles qui changent de configuration suivant les besoins et la recomposition des groupes.

L’usage de l’ardoise est banalisé et des tableaux noirs sont accrochés aux murs de la classe. Les enfants s’y déplacent en fonction des besoins de leur groupe.

Le maître anime ces groupes depuis son pupitre et n’est plus en charge de suivre individuellement ses élèves.

L’école mutuelle permettait donc de ne plus limiter le nombre d’élèves aux capacités du maître (environ 50). La limite pouvait monter jusqu’à… 500 ou même 800 élèves pour un enseignant. Le facteur limitant était donc l’architecture. Dans quels locaux rassembler 500 voire 800 élèves ?

L’école mutuelle, ancêtre du barcamp ?

On est frappé par les analogies entre l’école mutuelle et les formes de transmission collaborative du savoir comme le barcamp : organisation de l’espace fluide permettant un travail en groupes temporaires, aides pédagogiques décentralisées (plusieurs tableaux noirs, ardoises, ordinateurs aujourd’hui).

Des architectures de bureau que l’on n’expérimente en entreprise que depuis quelques années à peine.

Sur le plan de la pédagogie, la réussite de l’école mutuelle – et du barcamp – tient à l’apprentissage efficace des savoirs.

Mais aussi, comme l’écrit Isabelle Stengers dans la préface du livre,  » à un apprentissage qui, n’en transmettant pas le respect, transmet bien plutôt la confiance en soi et dans les autres, la capacité de poser des questions, de dire qu’on n’a pas compris et surtout de revendiquer le droit de comprendre ».

Comme dans un barcamp, l’école mutuelle échappe au « filtre des diplômes et des garanties académiques ».

Ce qui ne manque pas de déstabiliser le système ancien. Comme le souligne Isabelle Stengers, chacun « récupère son droit d’apprendre aux autres ce qu’il sait ou pense savoir ».

Comme lors de l’arrivée de l’imprimerie, l’ordre ancien a été bouleversé par l’école mutuelle.

Et c’est d’ailleurs ce qui a provoqué sa perte.

Après quelques années, les écoles mutuelles ont été supprimées car elles remettaient en cause les autorités, dont le clergé, principal acteur de l’enseignement, et l’école républicaine. Elle dépassait les objectifs qui lui avaient été assignés, c’est-à-dire sortir les enfants pauvres de la rue, leur donner un savoir minimum pour pouvoir les envoyer en apprentissage.

Comme l’écrit l’auteur, l’école mutuelle a été supprimée car elle marchait trop bien. Faut-il la remettre en service ?

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