Les formateurs devraient se former à la formation à distance, itw d’Alain Taché

Entretien avec Alain Taché, spécialiste du e-learning et de la formation de formateurs à distance. Le e-learning a évolué, les formateurs devraient penser à en tenir compte.

Les formateurs et les enseignants sont-ils prêts pour la formation à distance ?
Alain Taché
: Face aux mutations qui se profilent dans les métiers de l’enseignement et de la formation, on peut se poser la question de l’adaptation des compétences des professionnels sur le terrain.

La révolution numérique qui affecte tous les secteurs de l’économie et de la société va probablement modifier en profondeur ces métiers. Mais dans quelle mesure ces transformations en cours (utilisation des réseaux sociaux, de la téléphonie mobile, des outils de e-learning, etc.) représentent-elles des défis surmontables pour les enseignants et les formateurs ? Peuvent-ils espérer les maîtriser au travers d’une adaptation progressive et spontanée ?

Il est permis d’en douter si l’on observe qu’une grande majorité reste éloignée des pratiques de formation en ligne. Mais beaucoup de tentatives aussi, dans ce domaine, consistent à transposer, avec une certaine dose d’outillage numérique, des pratiques traditionnelles, magistrales, basées sur un principe de transmission verticale des connaissances.

Cet état de fait n’explique-t-il pas, pour une part significative, le retard français en matière d’apprentissage en ligne ?

AT : Dit autrement, cela signifie qu’il existe un problème de professionnalisation, ou du moins un problème d’adaptation des compétences.

Notre expérience de la formation de formateurs à distance, dans le cadre du dispositif Net-Trainers (www.nettrainers.org/fr), nous montre que les personnes résolues à se qualifier sont pour la plupart convaincues que cette mutation techno-sociale nécessite de développer de nouvelles compétences.

Elles sont en veille par rapport à de nouveaux marchés de la formation, en recherche de nouvelles manières d’établir des relations pédagogiques, intéressées par l’expérimentation et l’innovation, curieuses des nouveautés techniques : des personnes explorant de nouvelles postures pour enseigner ou former.

Il semble évident que notre public de la formation de formateurs à distance constitue en quelque sorte une « minorité agissante », motivée et ambitieuse par rapport à ces transformations de la profession.

A quels changements doit-on s’attendre dans les métiers de l’éducation et de la formation ?

AT : Il existe aujourd’hui une certaine visibilité sur les axes de changement qui vont s’opérer dans les pratiques d’éducation et de formation.

La transmission traditionnelle des connaissances (« le processus enseigner ») va muter vers deux fonctions majeures.

D’une part, une fonction de médiatisation de contenus qui doit permettre aux apprenants d’accéder directement et librement aux connaissances ; on peut aussi parler ici d’une fonction de conception de ressources d’apprentissage.

Et d’autre part, le « processus apprendre » sera facilité par un accompagnement pédagogique adapté, une fonction de conseil (que nous préférons à la notion de tutorat) auprès d’apprenants autonomes.

Si ces perspectives d’évolution sont devenues réalité pour un certain nombre de praticiens, comment se présentent-elles pour les autres ? On peut penser que de lourds soupçons pèsent sur l’industrialisation du savoir, sur le mercantilisme envahissant, ou encore sur une certaine fascination technologique.

Mais pour beaucoup ne s’agit-il pas d’avantage d’un horizon obscurci ou de craintes face à l’incertitude du lendemain ? Doutes et peurs que la formation, justement, permettrait de surmonter.

La tendance de la FOAD semble être au social learning. Tenez-vous compte de cette évolution dans la formation de vos formateurs ?

AT : Oui, cette dimension collective, ces apprentissages collaboratifs sont essentiels dans la formation à distance. On observe une augmentation de la qualité des apprentissages ; les connaissances sont acquises de manière plus approfondie.

De plus, une bonne proportion d’activités d’apprentissage collectives, dans une formation à distance, permet de réduire le taux d’abandons ou de parcours inachevés.

C’est un enseignement que nous avons retenu de l’expérience de nos partenaires anglais. Depuis le début, les participants à notre formation pratiquent intensivement le social learning et ils/elles apprennent, pour exercer eux-mêmes la formation à distance, à concevoir des scénarios d’apprentissage qui intègrent cette dimension.

Alain Taché, président de l’ENTA (European Net Trainers Association), est co-fondateur et responsable du dispositif Net-Trainers et du DU de Formateur en réseau.

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2 commentaires sur cet article

  1. Jacques Rodet
    commentaire publié le 3 janvier 2011 à 15:45

    Merci pour la mise en ligne de cet entretien.

    Je suis largement en accord avec les propos d’Alain Taché mais ne pense pas que l’on puisse résumer le tutorat à la fonction conseil.

    Certes le tuteur à distance est bien amené à conseiller l’apprenant autonome. Toutefois, l’exercice de son autonomie par l’apprenant nécessite fréquemment un accompagnement d’ordre cognitif et méthodologique qui ne relève pas uniquement du conseil.

    Par ailleurs, le tuteur à distance procède également à des remédiations sur le contenu lorsque les ressources se sont révélées peu ou pas assez signifiantes pour l’apprenant.

    De même, les interventions tutorales sur les plans motivationnel et socio-affectif ne relèvent pas exclusivement de la fonction conseil mais aussi de la fonction pédagogique et de la fonction relationnelle.

    A débattre…

    Bien cordialement,
    Jacques Rodet

  2. Ping : Réinventons la formation à distance @ Les propulseurs

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